Dans son discours de la victoire, Justin Trudeau a promis de gouverner pour tous les Canadiens en travaillant pour rendre leur vie plus abordable, de «se battre contre les changements climatiques» et «de sortir les armes de nos rues».

Justin Trudeau reste premier ministre

Justin Trudeau reste premier ministre du Canada. Le Parti libéral a été réélu pour un deuxième mandat, lundi, mais devient minoritaire au parlement d’Ottawa. Le gouvernement fédéral devra donc naviguer au gré des alliances, avec un Bloc québécois revigoré et de nouvelles élections dans moins de quatre ans.

Ces 43es élections générales fédérales marquent un quatrième gouvernement minoritaire en 15 ans, soit au cours des six derniers scrutins tenus sur la scène canadienne. Même s’il détient plus de sièges, le Parti libéral se dirigeait vers une récolte moins fructueuse pour le nombre total de voix au suffrage universel que le Parti conservateur.

Dès le début de la soirée, les résultats des Maritimes laissaient présager des pertes pour les libéraux, mais pas autant que l’auraient espéré les conservateurs.

Puis la fermeture des bureaux de vote au Québec, suivie des premiers dépouillements des bulletins, a vite confirmé la résurrection du Bloc. Le parti mené par le chef Yves-François Blanchet aura plus que triplé ses 10 sièges des élections précédentes, qui avaient été catastrophiques pour les bloquistes.

Élu haut la main dans sa circonscription de Belœil-Chambly, M. Blanchet devient le premier chef du Bloc à aller s’asseoir à la Chambre des communes depuis Gilles Duceppe, dont le dernier mandat de député s’était étalé de 2008 à 2011. M. Blanchet est le 10e chef, en comptant les intérims, à diriger le Bloc depuis cette première démission de M. Duceppe.

Sans atteindre les députations d’une quarantaine de bloquistes et plus des années 1990 et 2000, M. Blanchet peut partir pour Ottawa heureux d’avoir redonné vie à un parti que d’aucuns croyaient moribond il n’y a pas si longtemps. Le Bloc retrouve du coup son statut de parti officiel aux Communes, dont le plancher est fixé à 12 députés, et le financement qui va avec.

Deux bloquistes à Québec

La renaissance du Bloc n’a pas permis au Parti conservateur de réaliser les avancées souhaitées au Québec. Même que le parti d’Andrew Scheer a perdu du terrain dans la Belle Province, tout comme les libéraux de M. Trudeau.

Deux circonscriptions conservatrices de la grande région de Québec sont justement tombées aux mains du Bloc, Beauport-Limoilou, avec Julie Vignola, et Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix, avec Caroline Desbiens.

Dans son discours de fin de soirée, le meneur bloquiste a souligné le fait qu’il est «payant d’aller à la vitesse des Québécois» en matière de souveraineté. Sujet qu’il n’a pas attisé durant la campagne électorale, préférant s’aligner sur les demandes du gouvernement provincial de la Coalition Avenir Québec, parti nationaliste mais non indépendantiste. Sous les cris de sympathisants rassemblés au théâtre National de Montréal et scandant : «Liberté! liberté! liberté!», M. Blanchet a de plus réclamé la libération des politiciens catalans récemment emprisonnés par le gouvernement de l’Espagne pour avoir organisé un référendum sur la souveraineté de la Catalogne. 

Le PLC doit de conserver sa place au pouvoir surtout à l’Ontario, où il n’a pour ainsi dire rien perdu des 80 députés libéraux élus en 2015. Même que la situation libérale pourrait s’être améliorée depuis le déclenchement des élections, il y a six semaines, puisque M. Trudeau n’y comptait plus alors que 76 représentants de son parti.

M. Trudeau et le PLC n’ont toutefois pas réussi à atteindre le plateau magique des 170 élus, ce qui aurait représenté plus de la moitié des 338 circonscriptions et un gouvernement majoritaire. Un deuxième mandat Trudeau minoritaire n’est pas sans rappeler le deuxième mandat d’un autre Trudeau, Pierre Elliott, le père, demeuré premier ministre du Canada en 1972 grâce à un avantage de seulement deux sièges.

Surprise en Beauce

Du côté des plus petits partis, la surprise vient de la Beauce avec la défaite de Maxime Bernier. Défait par M. Scheer l’an dernier dans la course à la chefferie du Parti conservateur, M. Bernier a lancé son propre parti il y a 13 mois, le Parti populaire, qui n’a pas obtenu la faveur même de ses concitoyens.

Député fédéral de Beauce depuis 2006, M. Bernier a justement été battu par le candidat conservateur, Richard Lehoux. Le PPC de M. Bernier ne semble pas avoir non plus soulevé beaucoup d’intérêt auprès des électeurs à travers le Canada, n’obtenant qu’autour de 2 % du vote.

Le Nouveau Parti démocratique a lui aussi subi des pertes importantes avec une quinzaine de députés de moins qu’à la dissolution de la chambre, il y a six semaines. Jagmeet Singh en était à sa première campagne comme chef de parti, tout comme MM. Blanchet, Scheer et Bernier.

Le Parti vert a de son côté décroché une troisième circonscription et plus de 6 % du suffrage, un autre petit pas en avant au terme d’une campagne électorale que la cheffe Elizabeth May a qualifiée de «référendum sur les changements climatiques».