Le palais de justice de Québec
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Verdict de non-responsabilité pour un incendie mortel

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Moins de deux semaines après avoir obtenu son congé de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, Serge Gormley, un homme au lourd passé psychiatrique a allumé un incendie dans son logement pour se débarrasser de son colocataire qu’il voyait comme une menace. Son état mental au moment du crime le rend non criminellement responsable du meurtre, conclut la Cour supérieure.

Gormley, 58 ans, a fait 67 séjours en psychiatrie depuis 30 ans. Il a des psychoses, des hallucinations auditives et visuelles, des délires à propos des Hells Angels et un diagnostic de schizophrénie. L’homme est polytoxicomane et traîne de nombreux antécédents judiciaires.

Il est toujours hospitalisé. Vêtu d’une chemise, les mains croisées, il a assisté par visioconférence jeudi au prononcé du verdict de non-responsabilité pour l’accusation de meurtre au premier degré de François Elliot, 69 ans.

Le 6 avril 2019, aux petites heures du matin, Serge Gormley est incapable de dormir. Depuis plusieurs jours, dira-t-il plus tard aux policiers, il craint d’être tué par Elliot, son colocataire qui a lui aussi des problèmes de santé mentale et se déplace en fauteuil roulant. Les deux hommes vivent ensemble dans un logement supervisé par les services sociaux sur la rue de la Bastille, dans le quartier Limoilou à Québec. Un intervenant du CLSC les visite de temps en temps.

Gormley racontera que quelques jours plus tôt, Elliot lui a refilé un biscuit empoisonné au Fentanyl, une drogue plus forte que l’héroïne.

Depuis Serge Gormley a peur, d’autant plus qu’il croit que son colocataire, à la barbe longue et aux cheveux hirsutes, est lié aux motards criminalisés.

Serge Gormley saisit son briquet et allume un incendie sur un drap, juste à côté de son lit. Il dira qu’il ne voulait pas qu’Elliot brûle vivant, mais décède, intoxiqué par la fumée. « Je voulais le passer lui, mais je ne voulais pas qu’il souffre trop », précisera Gormley aux enquêteurs.

Serge Gormley sort, comme tous les occupants de l’immeuble. Les pompiers arrivent rapidement. Ils découvriront le corps inerte de François Elliot dans sa chambre.

Gormley est intercepté à titre de témoin. Il va confier aux policiers qu’il a allumé l’incendie parce que son colocataire voulait «le passer». Il évoque une première fois l’histoire du biscuit contaminé au Fentanyl que lui aurait donné Elliot. Il sera aussitôt arrêté.

Médication réduite

Serge Gormley habitait sur la rue de la Bastille depuis moins de deux semaines. Auparavant, il avait été hospitalisé pendant un peu plus d’un mois à l’Institut universitaire en santé mentale. Un psychiatre avait remis en question le diagnostic de schizophrénie et réduit la médication de Serge Gormley.

Serge Gormley aurait normalement dû avoir une injection d’un médicament antipsychotique le 3 avril 2019, trois jours avant le drame. Cette injection avait été repoussée au 10 avril.

En analysant le fil des événements, l’avocat de Gormley, Me Julien Grégoire, n’hésite pas à parler de ratés du système de santé. «La remise en question du diagnostic de schizophrénie et la réduction de la médication a eu l’effet net de libérer une place à l’Institut psychiatrique et on remettait Gormley dans la communauté dans un contexte supervisé, résume Me Grégoire. On a connu la suite dramatique de ce laxisme psychiatrique le 6 avril.»

Après son arrestation, Serge Gormley a été expertisé par un psychiatre à la demande de la défense puis, par une deuxième psychiatre, à la demande de la Couronne.

Les deux médecins spécialistes en arrivent à la conclusion qu’au moment du crime, Serge Gormley montrait différents symptômes psychotiques qui altéraient son jugement et qui l’empêchaient à ce moment de savoir que ses gestes étaient mauvais.

Le juge François Huot de la Cour supérieure a accepté cette conclusion des deux psychiatres et prononcé le verdict de non-responsabilité.

Aucun membre de la famille de François Elliot ne s’est manifesté tout au long des procédures judiciaires.

Serge Gormley demeure hospitalisé à l’Institut universitaire en santé mentale jusqu’à ce que son cas soit soumis à la Commission d’examen des troubles mentaux. La procureure de la Couronne Me Geneviève Lacroix demandera à ce que l’homme obtienne un statut d’accusé à haut risque, afin que ce soit la Cour supérieure qui ait à se prononcer un jour sur une éventuelle mise en liberté.

Avant la fin de l’audience, Serge Gormley a voulu s’adresser au juge Huot pour lui faire part de son désir d’un jour travailler comme agent-double pour la police.

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Serge Gormley