Une raclée en pleine filature [VIDÉO]

Au beau milieu d’une opération de filature, des policiers de Québec voient leur « sujet d’intérêt » se faire battre, presque sous leur nez. Comment intervenir sans torpiller l’enquête? Avec un petit mensonge…

Au printemps dernier, la division des enquêtes du Service de police de la Ville de Québec est plongée dans le projet Mataf, un mot qui signifie matelot ou mousse.

La situation est préoccupante: pas moins de six enquêteurs recueillent des informations sur les nombreux « burn de drogue » qui se produisent sur le territoire durant cette période. Le « burn » est le terme utilisé par les policiers pour nommer les violentes invasions des domiciles des trafiquants par d’autres criminels qui repartent avec de la drogue ou de l’argent.

En quête de renseignements, les policiers écoutent les appels 9-1-1 pour déceler, parmi des plaintes de bruit dans le voisinage, lesquelles sont en fait des invasions de domicile non déclarées.

Le 25 avril, une équipe de filature décide de suivre Carl Rousseau, connu, selon la police, comme  un collecteur de dettes de drogue. On veut documenter les allées et venues du grand gaillard mesurant environ 6’3’’ et pesant plus de 250 livres. 

Les agents de filature voient Rousseau se rendre dans le stationnement d’un édifice à logement de la rue Duval dans Limoilou. 

Les agents-fileurs vont filmer une partie de l’action avec leurs caméras. Les policiers ne le savent pas encore, mais c’est leur jour de chance: des caméras de surveillance installées sur un édifice à logements vont capter les événements.

Une voiture Mercedes avec à bord quatre individus se présente. Alexandre Lapointe reste dans l’auto. Francis Barette, Yannick Desjardins et Yann Graveline-L’Ecuyer  débarquent et vont parler à Rousseau. 

Sur les images, on voit un Rousseau, découragé par les discussions, qui se prend le visage dans les mains. Il suit malgré tout le trio. 

Quelques minutes plus tard, Francis Barette assène un violent coup de poing à la tempe de Carl Rousseau. Le costaud s’écroule au sol. Il restera étendu environ cinq minutes. 

Les trois individus retournent à bord de leur véhicule et quittent les lieux. 

Après leur départ, Carl Rousseau réussit à se lever et titube jusqu’à sa voiture.

Une «menterie»

L’enquêteur Fabien Marceau, qui agissait en support à la filature, s’approche et va rejoindre Rousseau. Il constate que l’homme a le visage ensanglanté, tuméfié et qu’il peine à rester debout.

« Là, je dois dire une menterie pour garder la filature secrète, explique le sergent-détective Marceau. Je lui ai dit qu’une madame avait appelé le 9-1-1 pour dire qu’un homme venait de manger une volée. »

Rousseau opine, mais ajoute aussitôt qu’il ne veut porter plainte d’aucune façon. La victime est amenée à l'hôpital en ambulance pour faire soigner des fractures au visage.

La filature sera rapidement transportée sur la voiture Mercedes, qui s’est mise en direction des ponts.

Pour les policiers du SPVQ, il est clair que les protagonistes frayent avec le crime organisé. En raison de ce contexte potentiellement explosif, le lieutenant-détective Gino Dufour du SPVQ demande l’aide du Groupe tactique d’intervention pour intercepter les quatre individus. 

Les policiers commencent par ralentir la circulation sur l’autoroute pour faciliter l’opération. La Mercedes sera stoppée sur l’autoroute 20 ouest, en direction de Montréal, près de Joly.

Les quatre hommes sont calmes et coopèrent avec les policiers.

Pendant que les suspects sont amenés au poste de police pour être interrogés, la voiture est fouillée. Les policiers trouvent un gant de plomb et un pistolet Glock 9mm avec ses balles.

Arrestation illégale?

Les quatre hommes sont accusés de voies de fait avec lésions. Ils ont commencé à subir leur procès cette semaine.

Leurs avocats demandent à la cour l’exclusion de plusieurs preuves, notamment les contenus des téléphones cellulaires, parce que, disent-ils, l’arrestation a été faite sans motif et la détention était illégale.

Aucun agent de la filature n’a vu le coup de poing qui a assommé Carl Rousseau, plaident les avocats de la défense. Les images des caméras de surveillance, qui montrent clairement l’agression, n’ont été disponibles que plusieurs heures après l’arrestation.