Raphaël Bussières a été attaqué à mort à Victoria, en Colombie-Britannique, en novembre 2016.

Une peine «inadaptée» pour le meurtrier de Raphaël Bussières

«Inadaptée». Ce mot décrit comment la mère du jeune Lévisien alors âgé de 20 ans, Raphaël Bussières, perçoit la peine que le meurtrier de son fils a reçue vendredi.

Novembre 2016. Le jeune homme avait décidé de sortir dans un bar de Victoria, en Colombie-Britannique, pour fêter le nouvel emploi qu’il avait décroché quelques jours plus tôt. «Il voulait rencontrer une fille», raconte sa mère, Stéphanie Lachance, en entrevue au Soleil

Quelques heures après avoir raccroché au téléphone avec sa petite sœur qui célébrait son anniversaire ici à Lévis, Raphaël Bussières est sauvagement attaqué à mort par Justin Carte, un homme au lourd passé criminel. Il succombera à ses blessures à l’hôpital. 

Vendredi, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a condamné le meurtrier de Raphaël Bussières à moins de six ans de prison. «Si je compare avec l’ampleur du crime et le dossier de la personne, j’ai de la difficulté à comprendre comment on peut donner des peines comme ça», réagit Mme Lachance. 

Le temps des Fêtes n’a pas été réjouissant. La famille Bussières-Lachance a assisté au procès de Justin Carte, 28 ans. Dans l’incompréhension, ils ont accueilli le verdict. 

«Il y a comme un paradoxe entre les peines qu’on peut trouver parfois pour certains crimes, puis des peines qui sont pour des crimes contre la personne. Il me semble que systématiquement, [les peines] devraient être assez solides et assez élevées. Cette personne-là avait un dossier qui était très volumineux. Il avait été 32 fois commis devant la justice, la plupart du temps pour des crimes violents. Malgré ça, il était encore en liberté. Il avait été libéré deux jours avant [le drame]», souligne la mère.


Cette personne-là avait un dossier qui était très volumineux. Il avait été 32 fois commis devant la justice, la plupart du temps pour des crimes violents. Malgré ça, il était encore en liberté
La mère de Raphaël Bussières, Stéphanie Lachance, à propos du meurtrier de son fils

«Assommée» par la sentence, Mme Lachance se doutait que la juge retiendrait les arguments de la défense en faveur de l’homicide involontaire puisque l’accusé était sous l’effet de drogues lorsqu’il a porté un couteau à la gorge de la victime. Au terme du procès, la juge Joyce DeWitt-Van Oosten avait conclu qu’aucune preuve ne permettait de déduire que l’accusé avait l’intention spécifique de tuer Raphaël Bussières. Elle a alors rejeté l’accusation de meurtre au second degré. 

Récidiviste

«On se retrouve dans un système où fréquemment les gens qui tuent sont des gens avec des gros dossiers. À partir de là, ils deviennent des récidivistes de justice qui ne sont pas des meurtriers d’office, mais qui le deviennent. Je pense que nos gouvernements ont la responsabilité à ce que ces gens-là ne soient pas dans la rue», commente Mme Lachance. 

«Qu’on me dise qu’il soit réhabilité, moi je ne le crois pas. Ça faisait 10 ans qu’il était entre les mains de la justice et ils n’ont pas été capables de l’arrêter et de le réhabiliter, ce n’est pas vrai qu’en 70,5 mois ils vont faire une personne neuve», poursuit-elle. 

Un an après les événements, la mère de famille confie que chaque journée doit être prise une à la fois. «On a passé une année épouvantable. Les deux dernières semaines étaient horribles. C’était le temps des Fêtes et on était à Victoria en procès toute la famille. Je n’ai jamais été aussi fatiguée de ma vie.»

Le départ de Raphaël, qu’elle décrit comme un garçon talentueux et à l’avenir prometteur, a «transformé la cellule familiale à tout jamais». «Ma fille qui a 14 ans elle riait tout le temps, mais je ne la vois plus rire. Celle du milieu, qui a 10 ans, elle était bonne à l’école, maintenant elle est lunatique, ça prend de l’aide. Ça amène toutes sortes de problématiques.»

Stéphanie Lachance compte bien prendre quelques jours pour absorber la décision d’aujourd’hui. Décriant le peu de soutien offert aux proches des victimes, elle n’entend pas baisser les bras. «Les prochains jours vont être pour essayer de récupérer, mais après ça c’est sûr qu’on va essayer de regarder ce qui peut être fait pour que ça change.»