Un enfant atteint d’épilepsie et ses parents ont été tenus plus de quatre dans l’ignorance de ce diagnostic parce que la neurologue pédiatrique au dossier avait omis de leur en faire part.

Une neurologue radiée six semaines pour avoir omis de faire part d’un diagnostic d’épilepsie

Un enfant atteint d’épilepsie et ses parents ont été tenus plus de quatre ans dans l’ignorance de ce diagnostic parce que la neurologue pédiatrique au dossier avait omis de leur en faire part. Quatre longues années de «stress inutile» pour la famille, déplore le Collège des médecins, qui a imposé une radiation de six semaines à la Dre Renée-Myriam Boucher, de Québec.

L’enfant a subi le 10 mai 2013 un électroencéphalogramme prescrit par la Dre Boucher deux jours plus tôt. Ses parents avaient consulté la Dre Boucher après avoir constaté des épisodes suspects durant son sommeil. L’examen a révélé un foyer épileptique «modérément actif à très actif» dans le cerveau du jeune patient.

Entre le 10 mai 2013 et le mois octobre 2015, l’intimée n’a inscrit aucune note au dossier médical de l’enfant. Dans une correspondance transmise au syndic du Collège, l’intimée a expliqué avoir effectué en octobre 2015 une dictée du rapport du mois de mai 2013, rapport qui sera par la suite versé dans le dossier électronique de l’enfant au centre hospitalier, puis imprimé en décembre 2015. 

Le 14 septembre 2017, l’enfant, alors âgé de neuf ans, s’est réveillé vers 5h avec un comportement inhabituel : il criait, tremblait, en plus d’éprouver des problèmes de vision et de confusion. Sa mère s’est rendue d’urgence à l’hôpital avec lui. Le médecin consulté a noté que le jeune patient était connu de la Dre Boucher, et qu’un électroencéphalogramme datant du 10 mai 2013 avait montré un foyer épileptique modérément actif à très actif. Le même examen a été refait, avec les mêmes résultats. 

Le médecin a alors fait part du diagnostic à la mère : son enfant a probablement fait une convulsion, et il devra débuter la prise de médicaments pour l’épilepsie. «La mère fait remarquer au médecin consultant que son enfant avait déjà eu un tel électroencéphalogramme dans le passé. Ce médecin lui confirme que ce premier examen du mois de mai 2013 permettait de constater des activités épileptiques dès cette époque. Cette dernière s’est dite fâchée de la situation, car pendant plusieurs années, elle cherchait à comprendre les raisons des malaises de son enfant. Elle considère que ce manque d’informations aurait pu avoir des conséquences pour l’enfant, car ses réactions (fatigues, étourdissements, etc.) auraient pu arriver dans n’importe quelles activités», rapporte le Collège dans sa décision sur sanction.

La Dre Boucher a expliqué avoir erronément cru qu’elle avait vu l’enfant et ses parents au moment de l’examen, en mai 2013, réalisant sa méprise seulement en lisant la demande d’enquête faite par la mère en 2017. L’intimée a également fait état d’un contexte de surcharge de travail à l’époque, le service de neurologie pédiatrique souffrant alors d’un manque d’effectifs pour répondre aux besoins. La neurologue faisait aussi de la garde dans plusieurs hôpitaux de tout l’Est du Québec, en plus de superviser des externes et de donner des cours à l’hôpital.

Facteurs atténuants

Pour le Collège, la gravité de la faute ne fait pas de doute. «Si les résultats de l’examen de mai 2013 avaient été communiqués aux parents de l’enfant en temps opportun, des mesures auraient pu être prises afin d’assurer la protection de l’enfant. Dans le cas présent, la preuve au dossier médical fait état d’épisodes probables de convulsions, d’étourdissements et de moment de faiblesse. Le jeune patient et ses parents […] ont vécu un stress inutile», écrit-il. 

À titre de facteurs atténuants, le Collège retient que les risques de récidive «sont très faibles, pour ne pas dire nuls». «En effet, après avoir réalisé son erreur et sa méprise à l’occasion du suivi de l’examen de l’enfant, l’intimée a participé activement à des mesures correctrices pour éviter la répétition d’un tel événement», note le Collège, qui retient aussi que la Dre Boucher a participé d’elle-même à une formation portant sur le suivi à donner aux examens, qu’elle a diminué ses lieux de pratique afin de mieux gérer les risques pour les patients et que les problèmes d’effectifs observés entre 2013 et 2017 sont désormais mieux contrôlés.

La période de radiation de six semaines imposée à la Dre Renée-Myriam Boucher sera effective à compter du 4 juin.