Six mois avant le drame, une inspection mécanique aurait révélé l’usure des freins du Volvo 1997. Le gros porte-­conteneur accidenté a subi une inspection mécanique deux jours après l’accident. Les mécaniciens ont noté 17 défectuosités majeures et 22 défectuosités mineures.

Une entreprise accusée de négligence criminelle sur son employé

Albert Paradis pestait contre l’état mécanique de son camion depuis longtemps. Il avait même confié sa peur de mourir au volant à sa femme quelques minutes avant le drame. La poursuite tentera de faire la preuve que c’est la négligence de la compagnie CFG Construction qui a tué le camionneur de 50 ans.

Un procès particulier s’est ouvert à Québec lundi; celui non pas d’un individu, mais d’une entreprise accusée de négligence criminelle ayant causé la mort de l’un de ses travailleurs.

Le président de CFG Construction, Franky Glode est là, comme délégué de la partie accusée. 

Le 11 septembre 2012, Albert Paradis, camionneur pour CFG Construction depuis deux ans, prend la route à bord d’un camion Volvo 1997 en qui il n’a plus confiance.

La poursuite tentera de faire la preuve que c’est la négligence de la compagnie CFG Construction qui a tué le camionneur de 50 ans Albert Paradis en 2012.

Le camionneur se plaint à son employeur depuis plusieurs jours des problèmes de freinage du gros camions 12 roues. Il l’aurait fait la veille et encore le jour même.

Six mois plus tôt, une inspection mécanique aurait révélé l’usure des freins. Des employés du chantier d’éoliennes auraient remarqué que le camion bleu avait du mal à freiner même en terrain plat.

Par cette belle journée ensoleillée, Albert Paradis se rend donc jusqu’aux Terres du Séminaire de Québec, où CFG Construction travaille à l’implantation du parc éolien de la Seigneurie, près de Saint-Ferréol-les-neiges.

En après-midi, le camionneur prend un chargement de rebuts d’armatures d’acier.

À une guérite, il va croiser un collègue camionneur, Jean-Michel Côté, qui amène des sections d’éoliennes.

Paradis confie à Côté que la veille, il a manqué de freins dans la côte de la Miche à Saint-Joachim. Son collègue lui recommande d’en parler à son employeur et de laisser le vieux camion en plan. 

Albert Paradis aurait répondu qu’il avait averti ses patrons, mais qu’on lui avait dit de faire son travail. «Je n’ai pas le choix, répète le camionneur. Si je meurs vous allez savoir pourquoi.»

Albert Paradis aurait ensuite pris un appel téléphonique de son épouse. Il lui aurait expliqué ses craintes, les problèmes de freinage et décrit son chargement.

Albert Paradis repart sur le chemin forestier avec son chargement de 13 450 kg. La direction  du chantier ordonne que les véhicules roulent à une vitesse maximale de 50 km/h.

Le camionneur doit négocier une courbe alors qu’il descend une pente à près de 12% d’inclinaison.

À la sortie de la courbe, le camion dérape, se renverse avant de revenir sur ses roues, dans le fossé. La cabine du camion, du côté conducteur, a frappé le sol en premier.

Le corps d’Albert Paradis sera retrouvé au sol, face contre terre, à côté du chargement de métal. Les médecins ne pourront que constater son décès.

Défectuosités majeures

Après avoir analysé le véhicule, le reconstitutionniste de la Sûreté du Québec Yves Brière n’est pas en mesure de dire si le camionneur portait ou non sa ceinture de sécurité. Ni s’il a sauté ou a été expulsé du camion.

Le gros porte-conteneur accidenté a subi une inspection mécanique deux jours après l’accident. Les mécaniciens ont noté 17 défectuosités majeures et 22 défectuosités mineures.

Le procès doit durer près d’un mois.