Lucie Verret

Une entraîneure de patinage artistique en procès pour agression sexuelle

Sylvain (prénom fictif), 14 ans, était un patineur artistique moyen, peu gracieux. Mais lorsqu'il s'est mis à gagner à l'hiver 1985, son entraîneure Lucie Verret l'a amené dans son lit, allègue-t-il, pour avoir une relation sexuelle complète.
Le procès de Lucie Verret, 54 ans, entraîneure professionnelle en patinage artistique et chorégraphe, s'est ouvert lundi au palais de justice de Québec, plus de cinq ans après qu'un de ses anciens élèves eut porté plainte pour agression sexuelle.
Sylvain, 46 ans, dont l'identité est protégée par une ordonnance de non-publication, affirme avoir commencé à suivre des cours privés de patinage avec Lucie Verret lorsqu'il avait 11 ans.
Le garçon de Québec avait d'abord voulu apprendre à mieux patiner pour être meilleur au hockey, mais a finalement choisi de se concentrer sur le patinage artistique.
Témoignant sans fioritures, Sylvain avoue qu'il finissait toujours bon dernier aux compétitions et ratait ses sauts.
En janvier 1985, il remporte toutefois une importante compétition provinciale.
Son entraîneure et lui vont alors redoubler d'efforts en vue de la prochaine compétition.
Sylvain affirme que peu de temps après cette compétition, Lucie Verret l'a embrassé sur la bouche en venant le reconduire chez lui après l'entraînement de patin. «J'ai figé, ce n'était pas normal», a témoigné Sylvain.
Quelques jours plus tard, l'adolescent de 14 ans se serait rendu chez l'entraîneure, à Charlesbourg, pour choisir la musique et préparer sa prochaine chorégraphie.
Il indique avoir fumé du haschich avant de se rendre au logement. À cette époque, l'adolescent, cible de railleries, avait commencé à consommer pour intégrer un groupe d'amis.
Sylvain se rappelle être assis dans le salon à écouter de la musique et faire les mouvements avec son entraîneure. 
«Prochain flash que j'ai, je suis tout nu couché sur le dos, sur son lit, et elle est couchée sur moi», raconte le plaignant à la juge Rena Émond. 
Sylvain n'a aucun souvenir de la façon dont il s'est rendu à la chambre. Il dit que la relation sexuelle a été très brève. «Il n'y avait pas de plaisir, juste de la stupéfaction.»
L'adolescent, qui affirme qu'il était vierge jusqu'à cette soirée, a proposé à son entraîneure de recommencer, ce qu'ils ont fait, selon lui.
Sylvain dit s'être senti profondément coupable. Son entraîneure, âgée de 23 ans, avait un conjoint et deux jeunes enfants.
Le plaignant affirme que Lucie Verret l'a rassuré, lui disant qu'ils n'avaient agi que par amour. Elle lui aurait même promis de l'attendre jusqu'à ce qu'il soit majeur pour qu'ils puissent se fréquenter.
«Elle m'a rassuré pendant longtemps jusqu'à temps que je prenne la clef, que je ferme le coffre et que j'envoie ça au bout de mes bras», image le plaignant, pour expliquer son silence durant 25 ans.
Sylvain aurait tenté de parler de l'événement à sa mère. Il a changé d'entraîneur à l'âge de 16 ans et a commencé à faire du patin en couple. Sa carrière s'est prolongée et il a gagné plusieurs championnats, dit-il.
Élément déclencheur
Ce n'est qu'en 2010, après la médiatisation d'un autre cas d'agression sexuelle d'adolescent, qu'il a décidé de porter plainte à la police.
«J'avais de la rage parce que je me suis fait manipuler, affirme Sylvain. Ma vie a été brisée et c'est comme si j'étais bloqué à 14-15 ans dans mes relations avec les femmes.»
Celui qui gagne sa vie comme électricien affirme avoir notamment eu des problèmes de consommation d'alcool.
Après avoir dénoncé, Sylvain a communiqué avec son ancienne entraîneure et l'a même rencontrée dans un restaurant, dit-il. Lors de cette rencontre, Lucie Verret lui aurait rapidement dit qu'elle n'avait pas d'argent. «Je lui ai dit que je voulais juste être rassuré, affirme Sylvain. Et je n'ai pas eu ça.»
Le procès est prévu pour une durée de deux jours.