Robert Bellefleur, de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, soutient que la population reste très préoccupée par ce qui se passe actuellement dans la région. Des convois sont encore stationnés sur la voie principale en haut de la pente à Lac-Mégantic.

Une crainte de dérive toujours présente à Lac-Mégantic

Si le jury au procès de Thomas Harding, Richard Labrie et Jean Demaître ne s’est pas encore entendu sur un verdict à la suite de leur procès pour négligence criminelle causant la mort de 47 personnes à Lac-Mégantic le 6 juillet 2013, des citoyens de l’endroit continuent de craindre une autre dérive d’un convoi ferroviaire.

« Nous ne pouvons rien changer à la tragédie qui est arrivée. Nous restons très préoccupés par ce qui se passe encore à Lac-Mégantic. Actuellement, on stationne encore des convois sur la voie principale en haut de la pente à Lac-Mégantic, alors que l’on a reconstruit une courbe encore plus prononcée. Nous sommes encore en présence de facteurs de risque qui pourraient s’enligner ensemble une troisième fois comme en 2013 et aussi en 1918 », estime Robert Bellefleur de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic.

Après quatre jours de délibérations, les huit hommes et quatre femmes ne se sont pas encore entendus sur un verdict unanime hors tout doute raisonnable relativement à l’accusation de négligence criminelle causant la mort de 47 personnes à Lac-Mégantic.

En plus du verdict de négligence criminelle causant la mort, les verdicts moindres et inclus de conduite dangereuse de matériel ferroviaire causant la mort de 47 personnes et de conduite dangereuse de matériel ferroviaire pour Thomas Harding ont été soumis au jury pour le conducteur Thomas Harding.

Depuis le début des délibérations, les jurés n’ont posé aucune question ni demandé de réécouter de témoignage.

Jean Clusiault, Jacques Beaubien et Anne-Marie Saint-Cerny font partie de ceux qui attendaient le verdict au palais de justice de Sherbrooke dimanche.

Si Robert Bellefleur arpentait les corridors du palais de justice de Sherbrooke, dimanche, d’autres personnes intéressées par la cause attendent le verdict sur place.

« J’ai vécu cette expérience de façon enrichissante et positive. Je garde de la rancune pour personne. Pour moi, il était important d’être présent au procès pour mieux comprendre ce qui s’était passé », explique Jean Clusiault.

Tout comme Jean Clusiault, dont la fille Kathy est décédée lors de la tragédie, Robert Bellefleur estime que les gens de Lac-Mégantic n’en veulent aucunement à Thomas Harding.

« Il conduisait une locomotive défectueuse qui a pris feu après son départ. Comme coalition de citoyens nous avons de la difficulté à lui imputer tout le blâme. Tom Harding a toujours eu une bonne réputation à Lac-Mégantic, nous avions de la difficulté à comprendre que l’on puisse l’accuser de négligence criminelle causant la mort. Pour Jean Demaître et Richard Labrie, il demeure difficile de comprendre à leur culpabilité alors que la règle de demander à Thomas Harding le nombre de freins à main n’existait pas », estime Robert Bellefleur.

Des membres de la coalition ont suivi les principaux témoignages du procès.

« On veut savoir ce qui est arrivé et qui est imputable à ça. On veut comprendre pour mieux faire son deuil à la suite de la tragédie. Lors du procès, nous avons compris que des employés travaillaient dans des conditions assez particulières. Ils n’avaient pas tous les moyens mis à leur disposition », estime M. Bellefleur.

Un mécanicien retraité du CN Jacques Beaubien et l’auteure d’un livre sur la tragédie Anne-Marie Saint-Cerny ont aussi passé la fin de semaine au palais de justice de Sherbrooke en attente du verdict.

« Je suis arrivé à Lac-Mégantic cinq jours après la tragédie. Je voulais comprendre ce qui s’était passé là. Je veux raconter l’histoire des gens de Lac-Mégantic et le procès en fait partie. C’est certain que mon livre prend le point de vue des victimes. Assister au procès m’a permis de nuancer certains préjugés », explique l’auteure dont l’ouvrage doit paraître à l’été 2018 aux éditions Écosociété.

« Je m’intéressais à tout le côté technique du procès. J’ai appris beaucoup de choses dans le rapport du BST qui n’a pas été déposé en preuve. Je veux être présent lorsque les verdicts seront prononcés. J’ai une certaine empathie envers Thomas Harding parce qu’il y a trop d’autres facteurs qui sont à l’origine de la tragédie », ajoute M. Beaubien.