Comme pour Michaël (photo), qui avait raconté son histoire dans Le Soleil mercredi, Olivier est accusé d’avoir «injurié un policier dans l’exercice de ses fonctions ou en lien avec l’exercice de ses fonctions par des propos tenus sur internet ou sur les réseaux sociaux».

Une contravention sur la Côte-Nord pour avoir insulté un policier de Lévis sur Facebook

Au moins deux autres automobilistes ont reçu des contraventions de 442 $ mardi après avoir écrit de gros mots sur Facebook à propos d’un policier de Lévis, Ghislain Larose, reconnu pour donner beaucoup de contraventions aux propriétaires de véhicules modifiés.

Olivier, un résident de la Côte-Nord, ne comprenait pas du tout pourquoi il recevait par la poste une contravention de la Ville de Lévis. «J’ai pensé à un radar photo... mais c’était une infraction à un règlement municipal. Pourtant, j’habite à 400 km de Lévis!», indique-t-il.

Comme pour Michaël, qui avait raconté son histoire dans Le Soleil mercredi, Olivier est accusé d’avoir «injurié un policier dans l’exercice de ses fonctions ou en lien avec l’exercice de ses fonctions par des propos tenus sur internet ou sur les réseaux sociaux».

«Le 8 octobre, j’ai vu sur Facebook l’histoire d’un jeune homme propriétaire de voiture modifiée qui avait reçu des amendes de 2000 $ de l’agent Larose. J’ai écrit «Os... de mange-m....». D’habitude, je ne fais pas ça, mais ça m’a mis en colère.»

Il ajoute qu’il ne connaît pas personnellement l’agent Larose et qu’il n’a jamais été arrêté par lui. «Il a sûrement trouvé mes coordonnées à cause d’une photo de ma voiture où on voit la plaque d’immatriculation et que j’ai mise sur Facebook.»

Olivier connaissait cependant le policier de réputation, comme plusieurs autres amateurs d’autos modifiées de la Côte-Nord, puisque les nombreuses contraventions qu’il remet à des propriétaires de voitures modifiées ont été souvent rapportées sur les réseaux sociaux.

«Je ne sais pas si je vais contester l’amende. D’un côté, je n’ai pas 442 $ à donner à la Ville de Lévis, mais de l’autre, j’ai une jeune famille avec deux bébés et je ne suis pas sûr de vouloir manquer une journée d’ouvrage, car j’ai besoin de huit heures pour aller et revenir de Lévis», explique-t-il.

Olivier ne comprend pas comment les policiers peuvent donner des contraventions pour des commentaires qui ne constituent pas des menaces sur les réseaux sociaux. «On voit souvent le même genre de commentaire concernant des politiciens et des artistes et il n’y a aucun problème pourtant...»

Pris en grippe

Mickaël Giguère, lui, connaît bien l’agent Larose. Il avoue avoir été souvent arrêté par lui pour des infractions au Code de la route. «J’ai eu pour quelques milliers de dollars d’amendes l’an passé... Oui, j’ai oublié de payer un ticket et j’en ai payé le prix et dans plusieurs cas, je ne m’en cacherai pas, je méritais les contraventions, car je pesais un peu trop sur le gaz et que j’ai fait des niaiseries», poursuit-il.

Le résident de Lévis ne digère cependant pas la contravention de 442 $ reçue pour avoir écrit «maudit chien sale» sous la même publication Facebook qui avait été commentée par Olivier. «Ça me choquait, car j’ai un véhicule modifié moi aussi et que moi aussi j’ai reçu des contraventions de ce policier. Il est sur mon cas depuis que j’ai mon permis, soit il y a deux ans et demi», commente-t-il.

«Il semble m’avoir pris en grippe. Mais je ne comprends pas pourquoi l’information de ma voiture est sur la contravention. Je n’étais quand même pas en voiture quand j’ai écrit ces commentaires. Une chose est certaine, je vais contester, ne serait-ce que pour pouvoir dire mon point de vue», explique M. Giguère.

Épiderme sensible?

L’agent Larose aurait l’épiderme particulièrement sensible puisque Charles-Antoine Bélanger, un résident de Saint-Rédempteur, a lui aussi reçu une contravention semblable, mais concernant un commentaire qu’il a fait à sa sortie de la cour municipale, le 8 août, après avoir remporté sa cause après avoir reçu une contravention d’un policier pour un pneu gonflé anormalement.

«Tout ce que j’ai fait, c’est que j’ai lancé un «Yes!» de victoire en sortant. Je n’ai même pas regardé M. Larose. Un autre policier m’a dit de faire attention et je n’en ai pas rajouté. Peu de temps après cependant, je recevais une contravention pour avoir injurié un policier. L’adresse était celle de la cour municipale et la date, celle de ma comparution», explique-t-il.

Il avoue avoir aussi fait un commentaire sur Facebook, soit «C.-A. 1 Larose 0», pour souligner sa victoire, mais précise que, contrairement à celles d’Olivier et Mickaël, sa contravention à lui ne fait pas mention du réseau social ou d’internet.

Charles-Antoine dit avoir reçu pour 675 $ de contraventions de l’agent Larose quand il avait 16 ans et ajoute que plusieurs de ses amis ont eu «des milliers et des milliers de dollars» de contraventions provenant du même policier. «C’est mon dernier dossier à régler et j’ai bien l’intention de le contester», termine-t-il.

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LE RÈGLEMENT MODIFIÉ DEPUIS UN AN

Le règlement municipal de la Ville de Lévis interdisant d’injurier un policier dans l’exercice de ses fonctions a été modifié il y a un an pour inclure Internet et les réseaux sociaux.

C’est ce qu’a expliqué au Soleil l’agent Patrick Martel, de la police de Lévis, après la médiatisation de quelques constats d’infraction distribués à des personnes qui avaient écrit de gros mots envers l’agent Ghislain Larose à la suite d’une intervention policière présentée par un jeune conducteur sur Facebook.

«L’article 27(a)2 a été adopté il y a à peu près un an et interdit d’injurier un policier dans l’exercice de ses fonctions ou en lien avec l’exercice de ses fonctions sur Internet ou sur les réseaux sociaux», a expliqué l’agent Martel.

Il précise cependant qu’il était déjà possible auparavant d’accuser quelqu’un pour des commentaires injurieux envers un policier sur Internet. «Mais comme l’ancien règlement ne faisait pas mention d’internet et des réseaux sociaux, ça aurait été plus difficile d’apporter cela devant les tribunaux», explique M. Martel. 

Mardi, un jeune homme qui réside maintenant en Colombie-Britannique, Alexandre Coulombe, avait d’ailleurs confié au Soleil avoir reçu une contravention de cette nature il y a deux ans pour ensuite voir la Ville de Lévis l’annuler deux semaines plus tard sans qu’il ne fasse de démarche en ce sens.