Coincé à Lévis, le camionneur Frédéric Lebel, d'Alma, gardait quand même le sourire alors qu'il s'échinait sur sa pelle pour enlever la neige autour de son camion.

Une cinquantaine de camionneurs immobilisés à Lévis

Partout, sur le stationnement, des camions, juste des camions, pas loin d'une cinquantaine. Avec, comme bruit de fond, d'incessants ronronnements de moteur. À l'extérieur, quelques chauffeurs font les cent pas dans la tempête, exaspérés d'attendre depuis des heures avant de reprendre la route. D'autres tuent le temps comme ils peuvent dans leur habitacle.
«Quand ça va partir, ça va être l'enfer», lance André Rivard, un camionneur du Nouveau-Brunswick, immobilisé depuis mardi soir, sur le terrain de la station-service Irving, avenue Taniata, sur la Rive-Sud de Québec. Parti de Montréal mardi, il n'a pu aller plus loin, en direction est, en raison de la fermeture de l'autoroute Jean-Lesage due aux conditions météorologiques exécrables.
«Il est peut-être tombé ben de la neige, mais en termes d'heures d'attente, j'ai déjà attendu plus longtemps, une trentaine d'heures, l'an passé, à Montmagny», souligne M. Rivard.
«Il faut être patient, on n'a pas le choix», ajoute son collègue Denis Corbin. Quand est-ce qu'on va partir? Mystère et boule de gomme...»
«On est habitués d'attendre après la nature...», explique David Jean, de Montréal, qui attendait depuis 21h, mardi, afin de livrer une cargaison de Molson Export à Rivière-du-Loup.
Un peu plus loin, malgré le coup du sort, Frédéric Lebel, d'Alma, essaie de ne pas trop s'en faire. «C'est la misère...», lance-t-il au Soleil, un grand sourire aux lèvres, alors qu'il s'échine avec une pelle à enlever la neige autour des pneus de son poids lourd. «Les gars passent leur temps à reculer et avancer pour pas rester pris.»
Le jeune camionneur était arrivé la veille à Lévis pour livrer quelques voitures avec sa remorque. À la suite de la fermeture de la route du Parc des Laurentides (rouverte en milieu d'avant-midi mercredi), il n'avait d'autre choix, comme ses collègues, de prendre son mal en patience.
Dans le métier depuis 12 ans, Frédéric avoue que le camionnage n'a rien d'un boulot facile. Les heures sont longues et le stress pour arriver à temps omniprésent. «Je pense que j'aurais pas dû lâcher l'université. Mais j'haïssais ça la comptabilité...»
Près d'une cinquantaine de camion sont immobilisés depuis mardi soir, sur le terrain de la station-service Irving, avenue Taniata, à Lévis.
Le chaos
Sébastien Cossette, chauffeur d'autobus pour Intercar, attend pour cueillir une cinquantaine d'employés de la firme Sintra afin de les conduire à un colloque dans les Laurentides. «Je me suis levé à 2h. On devait partir à 6h, mais je n'ai pas été capable de me rendre. C'était le chaos. Il y avait des voitures abandonnées dans les sorties pour l'autoroute de la Capitale. J'en ai vu des tempêtes en 20 ans de métier, mais celle-là, elle est grosse.»
Croisé à une pompe à essence, Jacques Leclerc, un col bleu de la Ville de Lévis, fait le plein de sa déneigeuse. Son quart de travail a commencé à minuit et devait se terminer 16h plus tard. «Les rangs vers Saint-Henri sont bouchés. Ça passe plus.»
Les litres et les dollars s'accumulent au compteur. Au final : 300 litres et 250 $. «Je serais bien allé tanker au garage, ç'aurait coûté moins cher, mais y'a pas de courant...»

Châteaux de sable, vélo et pneus d'hiver...

L'étudiant en génie industriel et management de l'Université Laval Rogier Deluster n'avait pas de voiture à déneiger, mercredi...
Laurence se sentait bien loin de sa Provence natale, mercredi, alors qu'elle s'attelait à déneiger sa voiture, rue Raymond-Casgrain, dans le quartier Saint-Sacrement. «D'où je viens, j'ai plus l'habitude de faire des châteaux de sable...», glisse-t-elle, découragée devant l'ampleur de la tâche. 
La naturopathe, établie à Québec depuis neuf ans, tentait tant bien que mal de dégager sa Mazda d'un amoncellement de neige créé par le passage de la déneigeuse lorsque Le Soleil est allé à sa rencontre. Le véhicule était enseveli jusqu'au milieu des vitres. Stationné de l'autre côté de la rue, celui de son conjoint, était en aussi mauvaise posture.
Auparavant, Laurence avait intercepté un homme qui passait dans la rue avec sa souffleuse. «Je lui ai demandé ce que je devais faire? Il m'a répondu : pelleter... J'aimerais bien être une fée clochette pour régler ça d'un coup de baguette magique.»
«Il faut d'abord que je vérifie si c'est bien mon auto, poursuit-elle. Je vais essayer de la dégager sinon je vais prendre le bus. De toute façon, je crois que tous mes rendez-vous ont été annulés. Va falloir dégager les voitures d'ici ce soir, car je suppose que les feux vont se mettre à clignoter.»
En vélo dans la tempête
Parti en début de journée pour l'Université Laval depuis son appartement sur René-Lévesque, Rogier Deluster, un étudiant en génie industriel et management, n'avait pas de voiture à déneiger. C'est en bicyclette que le jeune Belge flamand s'est rendu jusqu'à son pavillon, comme il le fait tous les jours de cours de l'hiver, tempête ou pas. «L'université est fermée? Je ne savais pas.»
«C'est un peu dur, mais les routes sont bien déneigées, continue l'étudiant de 23 ans. J'aime bien l'hiver, le vrai, comme celui-là, avec beaucoup de neige, pas un hiver sale et tout mouillé.»
Zéro rendez-vous
Fort de sa monture, le jeune Rogier n'avait pas à se soucier de faire changer les pneus d'hiver d'une voiture. En théorie, les automobilistes pouvaient les enlever à compter du 15 mars. Êtes-vous surpris d'apprendre que personne ne s'est rué dans les garages mercredi?
«J'ai zéro rendez-vous. Le gros rush, ça va être la deuxième semaine d'avril, explique Steve Maheux, directeur du centre de service du Canadian Tire de la route de l'Église.
Les fins d'hiver se suivent, mais ne se ressemblent pas. «L'an dernier, pour la même semaine, j'avais cinq fois plus de commandes pour des pneus d'été.»
Si les automobilistes, par on ne sait quelle illumination, avaient décidé mercredi d'enlever leurs pneus d'hiver, Steve Maheux avoue qu'il aurait été un peu mal pris. «Sur six mécaniciens, un seul est au travail. Les cinq autres qui habitent la Rive-Sud n'ont pas été capables de rentrer...»