Dimanche 22 mai, 13h30. Guillaume, 30 ans, Yannick, 22 ans, et Martin, 33 ans, (noms fictifs) partent faire une promenade en bateau sur le fleuve Saint-Laurent. Tout se déroule rondement jusqu'à ce qu'un bris mécanique survienne et empêche l'eau accumulée à l'intérieur du bateau à moteur de s'évacuer.

Une bouteille à la mer pour retrouver leurs sauveurs

Dix jours après une virée sur le fleuve qui a bien failli leur être fatale, trois amis de Québec souhaitent retrouver les deux plaisanciers qui leur ont «réellement sauvé la vie».
«S'ils n'arrivaient pas, on mourait là», assure un des trois survivants, qui ont préféré garder l'anonymat. 
Dimanche 22 mai, 13h30. Guillaume, 30 ans, Yannick, 22 ans, et Martin, 33 ans, (noms fictifs) partent faire une promenade en bateau sur le fleuve Saint-Laurent. Tout se déroule rondement jusqu'à ce qu'un bris mécanique survienne et empêche l'eau accumulée à l'intérieur du bateau à moteur de s'évacuer. 
Un tel problème n'aurait pas été très grave en temps normal, mais l'embarcation se trouvait à ce moment dans le sillage de plusieurs gros navires, dont le passage crée des vagues pouvant aller jusqu'à deux mètres de hauteur.
«On s'est mis à vider le bateau à la chaudière, raconte Yannick, père de deux jeunes enfants, mais j'en vidais une, et il en rentrait deux.» C'est là que la panique s'est installée, ajoute Guillaume, dont la femme s'apprête à accoucher de leur deuxième enfant. Et avec raison, car à peine trois minutes plus tard, le bateau coulait par la poupe. En moins de 30 secondes, l'embarcation de 16 pieds de longueur était presque totalement submergée. 
«Martin était en train de mettre sa veste [de sauvetage]. Mais ça s'est tellement fait vite qu'avec la pression de l'eau et de l'air, la veste est partie, il l'a échappée, explique Guillaume. Je vois Yannick qui braille sa blonde sur le nez du bateau [qui est toujours sorti de l'eau]. Il est accroché là, figé.» C'est la panique.
Au même moment, «je vois mon chum de gars [Martin] qui cale de plus en plus, et je vois une vague s'en venir», se rappelle Guillaume. «À ce moment-là, j'ai eu un dilemme. Est-ce que ma vie vaut plus que celles des autres? Qu'est-ce que je fais? Je sauve ma peau, ou je sauve le maximum de personnes? J'ai décidé de sauver mes deux chums avant de sauver ma propre vie», dit-il, le sanglot dans la voix.
Après avoir calmé Yannick, Guillaume a nagé jusqu'à Martin, dont les forces commençaient à faiblir, et l'a accroché à sa ceinture de sauvetage. «La prochaine vague, c'était fini. On le perdait.»
Les trois hommes et pères de famille sont ainsi restés pris dans les eaux froides et agitées du fleuve, dont deux sur une seule veste de flottaison, pendant une quinzaine de minutes. Quinze autres minutes comme celles-là et c'était la mort, selon ce que leur a dit un médecin plus tard. 
«Ce couple-là, des amours!»
«Tout le long, je nageais pour deux vies», dit Guillaume.
«À la fin, je me suis dit : "Je ne peux pas croire qu'à 30 ans, je vais mourir dans le fleuve".» Heureusement, ce n'était pas la fin, car un couple de plaisanciers qui passait dans le coin par hasard leur a porté secours. «Ce couple-là, des amours!» tient à dire Yannick, qui se rappelle du sang-froid dont ont fait preuve Stéphane et Chantal - ce sont les prénoms dont se souvient Guillaume - dans la situation. «C'est fou! Les deux étaient tellement calmes.»
«Ils nous ont dit de nous laisser flotter jusqu'à leur bateau, et nous ont lancé une corde», raconte Guillaume. Les trois naufragés sont rapidement montés dans l'embarcation. Après, «ils [Stéphane et Chantal] nous ont sauté dessus avec leur toile de bateau, c'est la seule chose qu'ils avaient».
Dix jours plus tard, Guillaume, Yannick et Martin tiennent à remercier leurs bons samaritains, sans qui ils n'auraient pu voir grandir leurs enfants. «Ça remet les priorités à la bonne place», souligne d'ailleurs Guillaume. 
«Autant que sur le bateau, tu te dis que rien ne peut arriver, quand tu te ramasses tout seul dans le fleuve avec les vagues qui te passent par-dessus et que tu sais que tu ne te rends pas aux rives, tu te sens petit en criss», relate Yannick, qui a été profondément marqué par l'accident. Il a d'ailleurs refusé de participer prochainement à un voyage de pêche par crainte d'embarquer en bateau.
Ils y retourneront, assure Guillaume, mais pas tout de suite...  Avec Jean-François Néron