Alexandre Cazes était un ancien élève du cégep de Trois-Rivières en informatique de gestion. Il avait enregistré son entreprise en décembre 2008 à l'âge de 17 ans.

Un Trifluvien baron du dark Web

Un Trifluvien décédé en Thaïlande la semaine dernière, Alexandre Cazes, était le créateur et administrateur du site AlphaBay, le plus gros site jamais créé sur le dark Web afin de procéder à l'échange et la vente de drogue, d'armes ou de documents de fraude bancaire. C'est du moins ce qu'a révélé le FBI jeudi matin, lors d'un point de presse tenu aux États-Unis, où il a qualifié cette histoire d'enquête la plus importante de l'année.
Selon le New York Times, Alexandre Cazes aurait commencé à créer le site à l'été 2013 et l'aurait lancé en décembre de la même année. Il utilisait le pseudonyme Alpha02 ou Admin et aurait amassé une fortune en prenant un pourcentage des transactions illégales effectuées sur son site.
Lors de la conférence de presse, le ministre de la Justice américaine Jeff Sessions ainsi que le directeur par intérim du FBI ont présenté l'acte d'accusation qui devait être déposé jusqu'à ce que Cazes soit retrouvé sans vie dans la prison où il était détenu en Thaïlande. Il devait notamment être accusé de complot, de trafic de stupéfiants et de blanchiment d'argent, a-t-on pu apprendre. Les autorités maintiennent qu'il s'est enlevé la vie, une théorie qu'a remise en question la famille de l'homme de 25 ans la semaine dernière.
AlphaBay opérait sur le dark Web et avait succédé au site Silk Road, qui avait été fermé en octobre 2013. Pas moins de 200 000 personnes et 40 000 vendeurs transitaient par AlphaBay afin de se procurer des substances illicites, des armes ou encore de faux documents, ce qui équivalait à environ 10 fois la taille de Silk Road, évoquent les autorités américaines. Selon le FBI, l'enquête a pris un tournant important dans les derniers mois étant donné que plusieurs vendeurs de drogues synthétiques et d'opioïdes tel que le Fentanyl se retrouvaient sur ce site Web. 
Profits massifs
Les autorités ont parlé d'au moins 122 vendeurs qui annonçaient pouvoir vendre du Fentanyl sur AlphaBay. «La plupart des activités du site étaient concentrées sur les drogues illégales, ce qui a jeté de l'huile sur le feu de la récente épidémie nationale de drogues illégales», a déclaré le ministre de la Justice, Jeff Sessions. «C'est probablement la plus importante enquête criminelle de l'année, je n'ai aucun doute là-dessus», a-t-il ajouté.
«Cazes, en tant que fondateur, a supervisé les opérations d'AlphaBay depuis sa création et a contrôlé les profits massifs générés par l'opération de l'entreprise, recueillant des dizaines de milliers de dollars en commissions», indique un résumé d'enquête déposé au tribunal en Californie.
«Cazes avait le contrôle ultime sur l'organisation AlphaBay, dont les membres. Il avait l'autorité finale pour fermer les comptes des modérateurs, vendeurs et acheteurs sur le site et le forum. Cazes avait aussi l'autorité finale pour trancher les différends», précisent les documents judiciaires.
Selon des documents présentés lors de la conférence de presse, jeudi, il a été révélé que lors de son arrestation à Bangkok, le 5 juillet dernier, Alexandre Cazes était chez lui assis à son ordinateur et était en ligne sur AlphaBay, ce qui a permis aux autorités d'avoir accès à tous les serveurs cachés et aux comptes bancaires du site.
Pris la main dans le sac
Des agents fédéraux américains du FBI et de la Drug Enforcement Administration (DEA) accompagnaient les policiers thaïlandais. Ils se sont jetés sur l'ordinateur et ont saisi la preuve ultime de leur longue enquête : l'informaticien québécois de 25 ans était branché en tant qu'administrateur sur AlphaBay.
Toutes ses informations personnelles et financières, les mots de passe du site, les coordonnées des serveurs et autres secrets étaient là, à portée de la main, non protégés, pour la première fois.
Pour préparer le terrain à cette perquisition, les enquêteurs avaient délibérément provoqué une panne sur un serveur d'AlphaBay, forçant ainsi l'administrateur à se brancher et à intervenir pour redémarrer le système. Pris la main dans le sac, le Québécois a été immédiatement placé en détention dans l'attente de son extradition vers les États-Unis. Tout de suite après, la GRC a mené des perquisitions chez sa mère à Trois-Rivières et dans un entrepôt à proximité, pour étoffer la preuve.
Ses parents ont été interrogés, mais ils ignoraient visiblement tout d'AlphaBay.
Les autorités disent avoir saisi plusieurs biens appartenant à Alexandre Cazes, dont des propriétés à Antigua, en Thaïlande et à Chypre, de même que dix véhicules dont une Lamborghini et une Porsche, ainsi que des avoirs financiers d'environ 23 M$. Une partie de cet argent était en monnaie virtuelle d'échange utilisée sur AlphaBay, dont des bitcoins. Le Trifluvien aurait aussi possédé des comptes bancaires au Liechtenstein, en Thaïlande et à Chypre.
Bien que l'origine des sites sur le dark Web soit difficile à retracer, les autorités ont révélé avoir pu remonter jusqu'à Alexandre Cazes en raison de courriels qu'il avait envoyés d'une adresse hotmail lors de ses premières communications au sujet d'AlphaBay.
Le 12 juillet dernier, une semaine après son arrestation, Alexandre Cazes a été retrouvé mort à la prison de Bangkok où il était détenu. Selon la police thaïlandaise, il se serait pendu à l'aide d'une serviette dans une salle de bain.
La semaine dernière, le père d'Alexandre Cazes a publiquement remis en question cette théorie, lui qui préfère attendre une véritable autopsie. Il s'était d'ailleurs porté à la défense de son fils, relatant qu'il n'avait jamais eu aucun démêlé avec la justice, qu'il n'avait pas de casier judiciaire et qu'il était un homme sans histoire. Il était d'ailleurs sur le point de devenir père d'une petite fille, sa conjointe devant accoucher dans les prochaines semaines.  Avec La Presse