Un «niveau supérieur de dépravation»

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Après avoir consommé de la pornographie juvénile pendant des années, Dany Vachon a voulu tenir lui aussi le premier rôle. Il a transformé en jouet sexuel et filmé deux fillettes de six ans, «les amenant avec lui dans l’immoralité pour satisfaire sa déviance». Ces crimes lui valent une peine de neuf ans de détention.

Vachon, 43 ans, résidant d’East Broughton dans la région de l’Amiante, écoute la décision à partir d’un parloir de la prison de Rivière-des-Prairies. Il a plaidé coupable à une kyrielle d’infractions de possession, distribution et production de pornographie juvénile ainsi que de contacts sexuels sur deux fillettes de six ans qu’il gardait avec sa conjointe de l’époque.

Calme et poli, Vachon conserve d’abord un visage impassible. Mais lorsque la juge Hélène Bouillon de la Cour du Québec se met à décrire les agressions sexuelles qu’il a commises, Vachon baisse la tête. Il gardera le regard rivé au plancher durant le reste de l’audience.

La juge Bouillon avertit les membres des familles des victimes et le public que les descriptions des vidéos qu’elle s’apprête à lire ne seront pas faciles à entendre. L’exercice est toutefois essentiel pour prendre la mesure du caractère odieux des agressions sexuelles commises par l’accusé, estime le tribunal. «Malheureusement, un résumé succinct risquerait de banaliser les abus et ne permettrait pas de constater ou de saisir l’étendue des agissements de l’accusé, explique la juge Bouillon. La description dévoile le contexte, elle dévoile les interactions de l’accusé avec les victimes, ses demandes, permettant d’en comprendre, au-delà des agressions, l’ampleur.» 

L’une des fillettes a été agressée sexuellement à une occasion. Pour l’autre, les abus se sont multipliés sur quelques mois. Dany Vachon, accompagné de sa conjointe Catherine Jacques (condamnée à 54 mois de prison), amenait sa victime dans la chambre et donnait de l’argent ou inventait des tours de magie pour lui imposer des contacts sexuels toujours plus intrusifs.

Une enfant a dû regarder des vidéos de pornographie juvénile et observer le couple Vachon-Jacques dans leurs ébats.

Les deux petites filles, aujourd’hui âgées de 9 ans et de 10 ans, continuent d’inquiéter leurs parents. L’une se mord, se grafigne ou lance des insultes à caractère sexuel. L’autre, remplie d’agressivité, a perdu sa personnalité enjouée.

Leurs parents sont rongés de la culpabilité d’avoir confié leur enfant, sans le savoir, à un prédateur.

Dany Vachon, qui a de multiples antécédents judiciaires en matière de vol qualifié et d’introduction par effraction, a été évalué par les spécialistes de l’Institut Pinel à Montréal. Avec ses traits psychopathiques et un risque de récidive sexuel au-dessus de la moyenne, la juge Bouillon n’a eu aucune hésitation à répondre à la demande de la Couronne et à déclarer Vachon délinquant à contrôler pour dix ans.

Les crimes commis par Vachon constituent un «niveau supérieur de dépravation», considère la juge Bouillon. L’accusé mérite une longue peine de détention, qu’elle fixera à neuf ans. Une fois soustraite la détention provisoire, Vachon aura un peu moins de sept ans à passer derrière les barreaux.