Hôpital de l’Enfant-Jésus

Un neurochirurgien de l’Enfant-Jésus blanchi par le tribunal

Le neurochirurgien Dr Claude Picard de l’Enfant-Jésus n’a pas pratiqué d’opération sur une patiente sans son consentement, tranche le tribunal; le médecin ne peut pas être tenu responsable de l’AVC subi par la dame après l’intervention.

Le 20 octobre 2012, Lise Robitaille, 56 ans, est occupée à jardiner dans ses plates-bandes. Soudain, elle perd conscience.

Elle est amenée d’urgence à l’hôpital de l’Enfant-Jésus et expliquera aux médecins qu’elle souffre d’étourdissements et fait des chutes depuis au moins deux ans.

Après des examens, le Dr Claude Picard, à ce moment chef du département de neurochirurgie, annonce à Mme Robitaille qu’une masse importante au cerveau, à la base du crâne, compresse son tronc cérébral.

En 30 ans de pratique, le Dr Picard a rarement vu une masse d’une telle grosseur à un endroit si névralgique.

Deux jours plus tard, le neurochirurgien rencontre à nouveau Mme Robitaille, qui est toujours accompagnée de son époux, Gilles Labonté.

Le médecin propose deux interventions à sa patiente; d’abord installer un drain pour diminuer la pression intracrânienne. Ensuite, faire une craniotomie (enlever une surface du crâne de 3 cm par 3 cm) pour accéder à la masse, prélever des tissus et les analyser. Ce n’est qu’alors que le médecin pourra savoir si la masse est bénigne, comme il le soupçonne, ou maligne.

Lise Robitaille signe le 31 octobre un consentement à la craniotomie, affirmant avoir pris connaissance des risques, notamment celui de faire un accident vasculaire cérébral (AVC).

La délicate opération, longue de sept heures, a lieu le 1er novembre 2012. À la fin de la journée, le DPicard va rencontrer Gilles Labonté. Il lui mentionne que l’opération s’est bien passée et qu’il a pu enlever 70 % de la masse. Le médecin précise qu’il est possible que Mme Robitaille conserve une légère paralysie du côté gauche du visage. Gilles Labonté serre la main du neurochirurgien et le remercie.

Une heure et demie plus tard, l’équipe médicale s’inquiète, car Lise Robitaille ne se réveille pas. On suspecte un AVC, qui sera confirmé par des tests le lendemain. 

Le Dr Picard rencontre toute la famille à la mi-novembre pour expliquer l’intervention. Il ne comprend pas ce qui a pu causer un AVC.

Lise Robitaille ne re­prend conscience que le 17 décembre 2012. La dame a d’importantes séquelles et devra demeurer six mois en centre de réadaptation.

Encore aujourd’hui, elle présente une surdité à l’oreille gauche, a certaines difficultés d’élocution et un champ de vision réduit. La dame doit se déplacer en fauteuil roulant et présente des problèmes d’équilibre.

À l’été 2015, Lise Robitaille a déposé une poursuite en dommages de 3,6 millions $ contre le Dr Picard. Son époux, ses deux fils et ses brus réclamaient aussi des dizaines de milliers de dollars en dommages.

Preuve de consentement

Dans sa poursuite et lors du procès qui s’est conclu l’automne dernier, Lise Robitaille soutenait qu’elle n’avait jamais consenti à une ablation totale ou partielle de la tumeur. Elle estimait avoir consenti à une «chirurgie exploratoire diagnostique» par biopsie.

Devant le tribunal, le neurochirurgien avait le fardeau de démontrer qu’il avait adéquatement informé sa patiente sur l’intervention et les risques afin qu’elle puisse donner un consentement éclairé.

En retour, la patiente devait aussi démontrer, par prépondérance de preuve, l’absence de consentement.

Après avoir entendu le procès durant un mois, la juge Catherine La Rosa de la Cour supérieure conclut à l’absence de faute de la part du médecin. «Le Tribunal est d’avis que le Dr Picard a pratiqué l’intervention convenue et qu’il s’est comporté comme un médecin raisonnable, prudent, diligent placé dans les mêmes circonstances après avoir obtenu le consentement libre et éclairé de Mme Robitaille», écrit la juge La Rosa.

Lors des rencontres préparatoires, la patiente était en état de comprendre les informations transmises et a acquiescé aux soins proposés, estime la juge, ajoutant que l’ablation totale ou partielle de la masse et les risques y étant associés avait été discutée. 

Des médecins spécialistes ont témoigné au procès que l’intervention pratiquée par le Dr Picard demeurait la meilleure avenue pour soulager la patiente, malgré les risques inhérents qu’elle comportait.