L’ex-médecin de famille Jean-François Rancourt a écopé d’une peine de deux ans d’emprisonnement après avoir plaidé coupable à des accusations d’agressions sexuelles sur 15 patientes.

Un médecin de famille de Montmagny en prison

MONTMAGNY — Jean-François Rancourt était un médecin de famille ponctuel, dévoué et apprécié de ses 2600 patients à Montmagny. Il est devenu jeudi l’un des rares médecins canadiens à prendre le chemin du pénitencier pour avoir agressé sexuellement 15 patientes.

Chemise blanche, cravate, gilet noir posé sur les épaules; le médecin — aujourd’hui radié — de 57 ans a probablement la même allure à la cour qu’à sa clinique médicale dans le vieux centre-ville ou à l’Hôtel-Dieu de Montmagny, où il a oeuvré pendant 30 ans.

D’un ton las, mais ferme, il a plaidé coupable à des agressions sexuelles commises sur 15 patientes, sur une période de près de trois ans, entre janvier 2013 et novembre 2015. Une patiente allait avoir 18 ans, la majorité étaient dans la trentaine et la quarantaine. Certaines étaient suivies par le Dr Rancourt depuis des décennies.

Sa mise en accusation a polarisé la région de la Côte-du-Sud, a fait remarquer le procureur de la Couronne Me François Doyon-Gascon; une partie de la population approuvait les dénonciations tandis qu’une autre regrettait de perdre un excellent médecin, qui a soigné des milliers de gens.

Une grande partie des agressions sont survenues au cours de rendez-vous de suivi de grossesse. Le médecin a notamment profité de moments où la future maman écoutait les battements du cœur de son bébé pour introduire son doigt dans le vagin de la patiente et stimuler le clitoris.

Les victimes affirment que jamais le médecin ne les regardait dans les yeux durant les gestes, qui duraient de quelques secondes à quelques minutes. Le Dr Rancourt restait silencieux ou continuait à poser des questions médicales.

Certaines ont manifesté leur malaise et le médecin a cessé les agressions. D’autres sont reparties, incertaines de la nature médicale ou érotique des gestes. Plusieurs sont retournées voir le médecin par la suite.

Des victimes ont confié avoir perdu confiance et ne plus jamais vouloir se faire examiner par un homme médecin.

Avec très peu de cas de jurisprudence pour s’inspirer, la Couronne et la défense se sont entendues pour suggérer l’imposition d’une peine de deux ans de pénitencier. 

Au moment de recevoir sa peine, Jean-François Rancourt s’est excusé pour son «comportement irrationnel complètement inacceptable qui a fait souffrir mes patientes et créé de la honte dans ma famille et pour mes collègues».

Maladie bipolaire

En janvier 2017, après un arrêt de travail et plusieurs mois de suivi médical, Jean-François Rancourt a reçu un diagnostic de maladie bipolaire de type 2.

Le psychiatre Roch-Hugo Bouchard évalue que les moments des agressions coïncident avec des épisodes hypomaniaques. Le psychiatre estime que, comme plusieurs personnes atteintes de troubles bipolaires, le médecin de famille a adopté des comportements à risque pour se soulager de la souffrance liée à de la dépression.

Aujourd’hui, Jean-François Rancourt prend une médication qui contrôle son humeur.

Sa maladie n’aurait pu servir de moyen de défense, a fait remarquer le juge Jean Asselin de la Cour du Québec. Mais, dit le juge, elle devient un élément à considérer dans l’imposition de la peine.

Toujours marié et père de deux filles, l’une médecin et l’autre infirmière, Jean-François Rancourt a indiqué qu’à sa sortie de prison, il ne pratiquerait plus jamais la médecine.

En plus de son travail de médecin de famille, Jean-François Rancourt a été médecin-conseil en soins palliatifs et un pionnier dans l’informatisation des cliniques médicales au Québec.

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LE CONSEIL DE DISCIPLINE SCEPTIQUE

Le Conseil de discipline du Collège des Médecins n’a pas crû le médecin de famille Jean-François Rancourt qui disait que le stress et un trouble de l’humeur non diagnostiqué l’avaient amené à agresser sexuellement une patiente. Le médecin a été radié pour cinq ans en janvier dernier et d’autres demandes de radiation sont à venir.

Linda*, 44 ans, est la première patiente du Dr Rancourt à avoir porté plainte devant le Conseil de discipline du Collège des médecins. La médiatisation de sa plainte a amené d’autres femmes de Montmagny à dénoncer le médecin.

Elle est allée voir le Dr Rancourt, son médecin de famille depuis 14 ans, le 6 novembre 2015. Elle souffre alors de violentes douleurs au dos.

Linda est debout, à côté de la table d’examen, avec le pantalon baissé. Le Dr Rancourt place une main au bas de son dos et glisse l’autre, non gantée, dans la petite culotte de la patiente. Il appuie sur le clitoris et fait des mouvements circulaires avec son doigt jusqu’à ce que Linda manifeste son malaise. Le médecin cesse les attouchements et lui parle de médication. Linda repart de la clinique, complètement bouleversée. 

Au début des procédures disciplinaires, le Dr Rancourt a expliqué que son doigt était entré accidentellement dans le vagin de la patiente lorsqu’elle avait bougé au cours d’un traitement inspiré de l’ostéopathie. Il a fini par plaider coupable en mai 2017.

Pour éviter la radiation minimale de cinq ans, le médecin de famille avait fait témoigner une psychiatre qui avait posé un diagnostic de maladie bipolaire et écarté toute déviance sexuelle. Le Dr Rancourt disait avoir commis un «suicide professionnel» dans un contexte de surmenage.

Le Conseil n’a pas acheté cette thèse. «Le Conseil ne peut croire qu’une situation de stress professionnel, aussi aigüe soit-elle, puisse provoquer ce comportement déviant».

* Nom fictif