Le syndic du Collège des médecins a lui souligné à quel point les patientes étaient marquées par les événements.

Un médecin de famille accusé d'agression sexuelle radié provisoirement

Un médecin de famille de Montmagny, Jean-François Rancourt, accusé d'agression sexuelle par 10 patientes, est radié provisoirement par son ordre professionnel pour des gestes allégués «inquiétants et graves», dit le Collège des médecins.
La récente décision du conseil de discipline du Collège des médecins permet d'en apprendre beaucoup plus sur les agressions sexuelles reprochées à Jean-François Rancourt.
Le médecin de 56 ans, qui oeuvrait jusqu'à cet été à la Clinique médicale Montmagny, fait face à 10 accusations criminelles sur autant de patientes, entre 2013 et mai 2017, et 11 accusations de nature disciplinaire pour les mêmes gestes.
La moitié des agressions auraient été commises dans un contexte de suivi de grossesse.
Une patiente a raconté au syndic du Barreau qu'au cours d'un rendez-vous, en juillet 2013, le Dr Rancourt a introduit les doigts de sa main droite dans son vagin, mais a aussi placé un doigt de sa main gauche, non gantée, sur son clitoris. Il aurait ensuite fait des mouvements circulaires avec son doigt durant quelques minutes.
Lors d'un second rendez-vous, le médecin aurait refait le même manège pendant qu'il faisait écouter les battements du coeur de l'enfant à naître à sa patiente.
Une autre patiente enceinte a rencontré le Dr Rancourt en août 2014. Enregistreur en main, elle souhaite conserver un souvenir des battements du coeur de son bébé.
Constatant qu'il parvient mal à capter le son, le Dr Rancourt aurait annoncé à sa patiente qu'il allait «réveiller le bébé». Il aurait alors placé une main sur le ventre et le doigt de son autre main sur le clitoris de la jeune femme. Il aurait stimulé le clitoris de la patiente durant une minute.
Deux autres patientes enceintes ont raconté des épisodes similaires aux cours desquels le médecin aurait touché leur clitoris. L'une dit aussi avoir subi des attouchements au rectum.
Une autre patiente, qui consultait en juin 2014 pour des ganglions aux aines, a témoigné au syndic que durant l'examen, le médecin a placé son doigt sur son clitoris et fait des mouvements rotatifs durant plusieurs minutes.
En mai 2017, une patiente, infirmière de profession, consulte le Dr Rancourt pour une toux persistante. Elle affirme que le médecin a placé sa main sur le côté de son sein sans motif valable, dit-elle. Elle l'aurait aussitôt écartée.
Jean-François Rancourt n'a pas témoigné lors des audiences sur la radiation provisoire, qui avaient lieu à Montréal.
L'avocat du médecin a tenté d'éviter la radiation en plaidant que la protection du public était assurée puisque le médecin s'était engagé devant la cour à ne plus pratiquer son métier durant les procédures.
Le syndic du Collège des médecins a lui souligné à quel point les patientes étaient marquées par les événements. «En posant des gestes inappropriés dans le cadre de la relation thérapeutique et en feignant d'intégrer ces gestes dans le contexte de la consultation médicale», le médecin «a semé l'humiliation et la tristesse chez plusieurs victimes qui, encore à ce jour, se disent troublées», a plaidé l'avocat du syndic.
«Suicide professionnel»
En mai, Jean-François Rancourt a plaidé coupable devant le conseil de discipline à une agression sexuelle sur une patiente. Un témoin expert a alors affirmé que, selon son évaluation, le médecin de famille n'avait aucune déviance sexuelle. L'agression sexuelle était en fait un «suicide professionnel» causé par le surmenage et un trouble affectif bipolaire avec détresse anxieuse.
Le code des professions prévoit qu'un médecin peut être radié pour une période de cinq ans lorsqu'il est trouvé coupable d'une inconduite de nature sexuelle.
Le dossier criminel du médecin reviendra au palais de justice de Montmagny le 8 septembre. Le dossier disciplinaire se poursuivra en parallèle.