Un leurre informatique camouflé en flirt entre ados

Pour la toute première fois, Félix*, 13 ans, croit être tombé dans l'oeil d'une fille, une cheerleader aux longs cheveux châtains. Qui se révélera, allègue le ministère public, être Vincent Arcand, 30 ans, accusé de leurre informatique.
Le 15 juin 2013 était un beau samedi ensoleillé, se rappelle Louis*, le père de Félix, qui témoignait mardi à l'ouverture du procès. 
Mais au lieu de s'amuser dans la cour avec les autres jeunes, Félix passe la journée dans sa chambre à clavarder avec Charlotte*, supposément étudiante à son école secondaire.
Il chasse son jeune frère si celui-ci fait mine d'entrer dans la chambre.
Le manège se répète le lendemain, au point où Louis pose de plus en plus de questions et demande à voir une photo de la jeune fille. Félix n'en a pas.
Louis réussit à lire les messages échangés via le site Messenger de Facebook. Il comprend rapidement qu'il est loin d'un flirt entre ados. Et il voit que Félix a utilisé sa webcam lors de certains échanges.
Louis appelle Caroline*, la mère de Félix, de qui il est séparé, et les deux se rendront au poste de police de Sainte-Foy pour porter plainte. 
Caroline a mis sur une clef USB et imprimé les 343 pages de conversation entre son garçon et la prétendue adolescente. Elle a tout mis dans son coffre-fort, à côté de son testament, pour être certaine, dit-elle, de ne rien perdre de cette preuve, si douloureuse pour son coeur de mère.
Caroline sait que Félix s'est masturbé devant la caméra pour Charlotte. Elle-même ne se dénudait pas car, disait l'étudiante, sa caméra était brisée.
Les deux adolescents se sont aussi livrés à un jeu de vérité ou conséquences. Félix a choisi la conséquence. Charlotte lui annonce qu'il devra rencontrer un de ses amis, âgé de 20 ans, grand et fort, adepte du patin à roues alignées. Félix devra se laisser faire une fellation et permettre à son ami de «mettre son pénis dans ses fesses», écrit Charlotte.
Félix refuse, mais finit par consentir. Il propose de faire la rencontre au parc près de chez sa mère.
Les parents vont toutefois interrompre les échanges avant la rencontre.
Félix a vécu durement la découverte de la tromperie, ont témoigné ses parents. Pendant un an, il dit qu'il est gai parce qu'il s'est fait leurrer sur Facebook par un homme. 
Félix fait des crises de panique lorsqu'on évoque les événements.
Il va consulter un psychologue durant de longs mois. Ses parents, inquiets que la fausse Charlotte puisse le retracer, surveillent étroitement leur adolescent. «Je l'ai mis dans une cage, j'avais peur pour lui», confie Caroline au juge Alain Morand, qui entend le procès.
Vincent Arcand
Retracer l'adresse IP
L'enquêteur Patrick Hallé de l'unité de l'exploitation sexuelle des enfants à la police de Québec comprenait parfaitement les craintes des parents.
Avec ses collègues, il a travaillé à retracer rapidement le propriétaire de l'adresse IP utilisée pour se connecter à Facebook lors des conversations avec Félix.
Le 5 juillet, la spécialiste en crimes informatiques de la Sûreté du Québec réussit à capter l'adresse IP et la relie à une adresse résidentielle sur l'avenue Bardy à Québec, où vivent Vincent Arcand et sa mère.
Six jours plus tard, les policiers font une perquisition pour saisir le matériel informatique et arrêtent Vincent Arcand, un homme sans antécédent judiciaire.
Sur l'ordinateur portable d'Arcand, les policiers voient des traces d'ouverture du compte Facebook au nom de Charlotte.
Un mois après son arrestation, Vincent Arcand est réarrêté à l'arboretum du Domaine Maizerets. Il était dans sa voiture, en compagnie d'un garçon de 10 ans.
Arcand avait dû signer l'équivalent d'un mandat de paix pour les infractions sexuelles, lui interdisant de se trouver dans les parcs, piscines et les cours d'école.
Le procès de Vincent Arcand se poursuit au cours des prochains jours.
* Les prénoms ont été modifiés.