Le Séminaire des Pères Maristes

Un jeune Mariste nie l’extorsion

Un étudiant du Séminaire des Pères Maristes a-t-il voulu faire chanter une amie pour avoir des photos d’elle nue? Une ado dit blanc, l’autre dit noir.

Christopher*, 14 ans, a plaidé coupable mardi à une accusation de leurre informatique et de distribution de pornographie juvénile. Il n’admet pas avoir fait de l’extorsion pour obtenir les photos et a subi son procès pour cette seule accusation.

Mélissa* et Christopher se connaissent depuis l’école primaire. Ils sont amis, mais rien de plus, indiquent-ils tous deux en témoignage, devant la chambre de la Jeunesse.

Les parents de Mélissa et Christopher se fréquentent aussi, font des voyages et s’échangent des services.

Selon Mélissa, Christopher est le premier à lui avoir fait une demande send nude via SnapChat. Elle a du mal à situer à quel moment dans l’année scolaire.

Mal à l’aise, l’adolescente de 13 ans ne sait pas comment réagir aux demandes qui, selon elle, se multiplient au fil des jours.

Elle finit par aborder Christopher à l’école un midi, près des casiers, en lui demandant de cesser de lui demander des photos et d’arrêter de lui envoyer des vidéos de masturbation.

Selon Mélissa, Christopher la menace de dévoiler des informations au sujet de son père si elle ne lui envoie pas de photos d’elle nue.

Mélissa affirme que, bouleversée, elle va envoyer une première photo le soir même. Cet envoi sera suivi d’au moins une demi-douzaine d’autres photos d’elle en sous-vêtement ou seins nus.

«J’ai vu qu’il a pris une capture d’écran des photos, dit Mélissa. Je n’avais aucun contrôle sur ce qui allait se passer et j’avais un sentiment de vide.»

Au retour de la semaine de relâche 2018, Mélissa apprend de ses amies que ses photos ont circulé au Séminaire des Pères Maristes.

L’adolescente dit avoir senti sur elle les regards de jugement des autres élèves lorsqu’elle marchait dans les corridors de l’école. «Ça m’a enlevé l’envie de continuer, témoigne-t-elle d’une toute petite voix. Je me mutilais pour changer mon corps.»

La jeune fille a dû recevoir des soins à l’unité psychiatrique d’un hôpital.

Mélissa porte plainte à la police le 23 avril, quelques semaines après deux autres étudiantes des Pères Maristes.

Une tout autre histoire

L’histoire vécue par Christopher est diamétralement différente. L’adolescent dit avoir appris de ses amis, lors d’une rencontre dans un Tim Hortons à la fin février 2018, que Mélissa leur avait envoyé des photos d’elle nue.

Le soir même, il demande une photo de nude à Mélissa. Il affirme qu’il n’était pas attiré par Mélissa; seulement curieux.

La jeune fille acceptera seulement sa deuxième demande, le lendemain.

Christopher dit avoir reçu trois photos de Mélissa en soutien-gorge et une courte vidéo où elle se dénude.

En échange, le garçon lui envoie une photo de pénis trouvée sur Google, dit-il.

Christopher convient qu’il a fait des captures d’écran des photos de la jeune fille pour pouvoir les regarder plus tard. «Elle ne m’a pas dit de ne pas le faire», lance-t-il.

Il jure n’avoir jamais fait de menace à Mélissa au sujet de son père.

L’avocate de Christopher, Me Stéphanie Pelletier-Quirion, soumet que la plaignante a voulu se trouver une échappatoire, lorsque les photos se sont mises à circuler. Elle a choisi de pointer Christopher, dit l’avocate, plutôt que d’avouer qu’elle avait envoyé les photos sans pression.

Le procureur de la Couronne Me Hugo Breton, soulève, lui, des contradictions dans le témoignage de l’accusé. Notamment, au moment où Christopher dit avoir reçu les photos, Mélissa était à Cuba, sans wi-fi, note le procureur.

La juge Fannie Côtes de la Cour du Québec rendra sa décision à la mi-juin.

C’était le dernier des cinq étudiants des Maristes à subir son procès pour l’histoire du partage des photos. Deux jeunes ont déjà reçu une absolution conditionnelle après avoir plaidé coupable. Deux autres sont en attente de leur peine.

*Prénoms fictifs