Après l’incendie, les autorités n’ont pu faire autrement que de demander à une pelle mécanique d’abattre les restes de la Maison Tremain-Stuart, une construction datant de 1820.

Un incendie opportun au 141, Saint-Paul

L’incendie qui a ravagé le 141, Saint-Paul mercredi matin rend incertaine la réhabilitation à court terme du bâtiment abandonné depuis trop longtemps dans ce haut lieu touristique. L’actuel propriétaire ne s’est pas présenté mardi, comme prévu, pour signer l’acte de vente, obligeant l’acquéreur potentiel à revoir ses plans.

Le feu s’inscrit dans une séquence improbable d’événements. Si tout s’était déroulé comme prévu, la saga qui dure depuis 2013 entre la Ville de Québec et l’actuel propriétaire aurait pris fin. Maintenant, tout se complique.

Le maire Régis Labeaume confirme que son administration a amorcé mercredi l’expropriation. En cinq ans, la Ville accumule les procédures pénales contre le propriétaire concernant la «détérioration avancée» du bâtiment. Il y a encore des amendes non payées en Cour municipale en lien avec l’entretien déficient et la salubrité du bâtiment.

«L’immeuble a fait régulièrement l’objet de plaintes en matière de sécurité, d’accumulation de neige et de glaçons, d’entrave à la circulation et de présence d’animaux», énumère M. Labeaume. En 2015, un expert avait révélé des «signes d’affaissement» qui obligeaient la démolition de la façade. 

À l’été 2017, Habitation canadienne projetait d’acheter le bâtiment. Il a soumis un projet de construction de lofts touristiques et d’un commerce au rez-de-chaussée, accepté par le comité d’urbanisme. 

«Je suis passé chez le notaire lundi et le vendeur devait s’y rendre mardi. Mais il ne s’est pas présenté», raconte Patrick Thériault, propriétaire d’Habitation canadienne. L’incendie d’origine suspecte de mercredi a changé ses plans.

«L’agent immobilier m’a appelé pour me dire que le vendeur voulait signer aujourd’hui [mercredi], mais je ne peux plus signer dans ces conditions, affirme-t-il.

Comme M. Thériault n’est pas encore propriétaire, il ne désire plus acheter le bâtiment, sans connaître les impacts financiers de l’incendie sur son projet de réfection. «Nous avions prévu démolir la façade, mais conserver les murs latéraux. Il faut voir si le feu les a endommagés», explique-t-il. Hormis cette question monétaire, son intérêt est toujours palpable.

Si la transaction se réalise, M. Thériault espère aussi pouvoir opérer des logements touristiques, style Airbnb, qui font l’objet d’un moratoire. M. Thériault possède déjà 90 logements touristiques avec les permis de la ville dans des zones où ils sont autorisés. Mais ça, c’est un «autre» problème à venir.

La Ville maintient «la pression»

Pour l’heure, le comité exécutif de la Ville de Québec a voté mercredi la procédure d’expropriation pour garder «la pression» sur le propriétaire et s’assurer qu’il signera une éventuelle offre d’achat. «On aurait préféré ne pas le voter en se disant qu’il [le vendeur] passait mardi devant le notaire», souligne le maire.

Celui-ci, bien que désolé de la situation, affirme que c’est un cas d’espèce qui lui servira pour convaincre le gouvernement d’accorder à Québec un plus grand pouvoir d’expropriation. Actuellement, la Ville doit faire une demande à la Cour supérieure. Elle doit prouver au juge qu’il y a un problème de santé et de sécurité.

«Comment on va prouver ça au juge maintenant que le bâtiment est démoli. On avait un problème qui est peut être amplifié aujourd’hui», signale M. Labeaume, qui veut à tout prix éviter un trou béant à la place d’un édifice dans ce secteur fort achalandé par la clientèle touristique.

Le maire pourrait annuler la demande d’expropriation, advenant une entente entre les actuels vendeur et acheteur.

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DEUX SIÈCLES PARTIS EN FUMÉE

L’incendie a pris naissance vers 5h mercredi dans la Maison Tremain--Stuart, située dans le secteur du Vieux-Port. C’est un système d’alarme a alerté le Service de protection contre l’incendie de la Ville de Québec. 

En entrant dans le bâtiment, les premiers pompiers ont vu que des flammes se propageaient aux deux étages de l’immeuble.  

Quatre alarmes ont été nécessaires et une soixantaine de pompiers ont été déployés.

Heureusement, personne ne se trouvait dans le bâtiment, mais une dizaine de voisins ont dû être évacués. Deux d’entre eux ont été transportés à l’hôpital après avoir inhalé de la fumée. Les huit autres ont reçu l’assistance de la Croix-Rouge dans un autobus du RTC. 

Par la suite, une pelle mécanique a été demandée pour détruire la façade.

La Maison Tremain-Stuart a été construite en 1820 et est «une des rares constructions en rangée de cette période à avoir été sauvegardées», peut-on lire sur sa fiche patrimoniale.  Marc Allard