Une déclaration sous serment dévoilée par un tribunal à Ottawa indique que la Gendarmerie royale du Canada soupçonne le vice-amiral Mark Norman (à gauche) d'avoir transmis des documents gouvernementaux secrets à des destinataires non autorisés.

Un haut gradé soupçonné d'avoir transmis des documents secrets reliés à Davie

De nouveaux documents déposés en cour ont levé le voile sur l'un des secrets les mieux gardés des Forces armées canadiennes: les motifs de la suspension du deuxième plus haut gradé en janvier.
Une déclaration sous serment dévoilée par un tribunal à Ottawa et obtenue par le Globe and Mail indique que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) soupçonne le vice-amiral Mark Norman d'avoir transmis des documents gouvernementaux secrets à des destinataires non autorisés.
Les documents sont reliés à un projet de 700 millions $ pour convertir un navire civil en un navire temporaire de ravitaillement pour les forces navales, après le retrait préventif de deux embarcations de ravitaillement vieillissantes.
Aucune accusation n'a été déposée contre M. Norman, qui a été suspendu sans explications en janvier par le chef d'état-major de la Défense, Jonathan Vance. Le gouvernement n'a pas voulu en dire plus, affirmant simplement qu'il s'agissait d'un enjeu non relié à la sécurité nationale.
L'avocate de M. Norman, Marie Henein, a dit que son client n'avait rien fait de mal. Elle a soutenu que M. Norman avait été pris dans un «feu croisé bureaucratique», et que son unique objectif était de contribuer à l'intérêt national et à la sécurité du pays.
Le gouvernement conservateur a accordé le projet de navire de ravitaillement temporaire au chantier naval Davie, de Lévis, sans appel d'offres en 2015, faisant valoir la nécessité de combler un besoin urgent dans les capacités des forces navales.
Deux nouveaux navires de ravitaillement permanents sont construits par l'entreprise Seaspan, établie à Vancouver, à un coût de 2,6 milliards $, bien que la livraison du premier ne soit pas prévue avant 2021.
Projet mis sur la glace
Les libéraux ont discrètement mis sur la glace le projet temporaire après leur prise de pouvoir quelques mois plus tard, apparemment à la suite de pressions d'Irving, à Halifax, pour annuler le contrat.
Le président d'Irving, Kevin McCoy, a confirmé jeudi par communiqué que l'entreprise avait écrit au nouveau gouvernement libéral en novembre 2015 pour signifier ses «inquiétudes reliées au projet de navire de ravitaillement temporaire».
Irving avait soumis sa propre proposition pour construire un navire temporaire en octobre 2014.
«Au moment de la lettre, nous avions compris qu'aucun contrat final n'avait été accordé et nous voulions nous assurer que le nouveau gouvernement avait toutes les informations pertinentes avant de prendre une décision finale», a dit M. McCoy.
Tout de même, les libéraux ont décidé de maintenir le projet avec Davie après que des documents transmis aux médias eurent révélé que le gouvernement aurait à verser 89 millions $ à Davie si le contrat était annulé.
L'un des premiers journalistes ayant fait état de la décision de suspendre le projet, James Cudmore, qui était alors à l'emploi du réseau anglais de Radio-Canada, travaille désormais au bureau du ministre de la Défense, Harjit Sajjan.
Des courriels personnels transmis à plusieurs médias cette semaine indiquent que M. Norman était extrêmement frustré en novembre quant à la gestion du projet par le gouvernement et les fonctionnaires.
M. Norman, qui était à la tête de la Marine royale canadienne à ce moment, a même parlé de démissionner à cause de cette affaire, mais est plutôt demeuré en poste et a pris les fonctions de vice-chef d'état-major de la Défense en août 2016.