La Maison Busteed, de Pointe-à-la-Croix, en Gaspésie. Construite en 1800 par Thomas Busteed, elle a été complètement détruite par un incendie. 
La Maison Busteed, de Pointe-à-la-Croix, en Gaspésie. Construite en 1800 par Thomas Busteed, elle a été complètement détruite par un incendie. 

Un feu détruit la Maison Busteed, bâtie en 1800, en Gaspésie

POINTE-À-LA-CROIX – La destruction de la Maison Busteed, à la suite d’un incendie dimanche soir à Pointe-à-la-Croix, peine profondément les membres de cette famille et les défenseurs du patrimoine en Gaspésie, puisqu’il s’agissait de l’une des plus vieilles résidences de la région, sinon la plus vieille.

Bâtie il y a 220 ans par Thomas Busteed, la «Maison Bordeaux», son nom officiel, a été habitée par six générations de Busteed jusqu’à ce que William, dit Bill, la vende au ministère fédéral des Travaux publics en 2009, après quelques années de litige avec des membres de la communauté mi’gmaq de Listuguj, la voisine à l’est.

«J’ai été informé ce matin (lundi) par ma sœur, qui vit à Campbellton (en face, au Nouveau-Brunswick. C’est un jour très triste pour ma famille. La maison dépérissait à mesure que les années passaient. Je suis parti en juillet 2009 et je ne suis jamais retourné. Quand je suis parti, c’était une très belle maison, mais elle s’est ensuite détériorée avec le temps. Elle avait été bâtie en 1800 et elle est resté dans la famille pendant 209 ans. Il n’y a pas beaucoup de maisons au sujet desquelles une telle chose peut être dites», a indiqué M. Busteed au Soleil. Il vit en Estrie depuis 11 ans.

Le directeur des services incendie de Pointe-à-la-Croix, Pascal Martel, croit que la destruction de la maison Busteed pourrait avoir été causée par un incendiaire. Il rappelle toutefois que l’enquête est menée par la police autochtone de Listuguj.

«On n’a rien vu de ça», note M. Martel quand on lui demande s’il a vu des traces d’utilisation de combustibles lors de l’intervention. «La maison n’était plus branchée au réseau d’électricité. Ça ne prend pas comme ça, un feu», a-t-il dit.

L’alerte a été donnée vers 21h40 dimanche, mais les pompiers de Listuguj et de Pointe-à-la-Croix n’ont pu que contrôler un embrasement généralisé. L’enquête porte aussi sur une première tentative d’y mettre le feu, survenue il y a une dizaine de jours.

«On pouvait voir des traces noires sur le mur quand je suis allé il y a une semaine», déplore Michel Goudreau, de la Société historique Machault, qui veille à la protection du patrimoine dans ce secteur. Il qualifie de «grande perte pour la Gaspésie» la disparition de la maison.

M. Goudreau était inquiet au sujet du sort de la Maison Bordeaux depuis son acquisition par le gouvernement fédéral en 2009, notamment en constatant qu’une magnifique rangée d’arbres feuillus avait été rasée. Le ministère des Affaires autochtones et du Nord canadien avait justifié la coupe en disant que les arbres étaient pourris, ce qui ne semblait pas le cas l’été précédent.

Le maire de Pointe-à-la Croix, Pascal Bujold a réagi sur Facebook en écrivant «ça ne se peut pas... La plus vieille maison de la Gaspésie est en feu! Quelle triste nouvelle... Mais qui donc... Pourquoi avoir fait ça! Ça fait mal et ça va faire mal longtemps....»

En mars 2009, Travaux publics Canada a acquis la maison et les terres couvrant 1,6 kilomètre carré pour une somme d’environ 800 000 $, avec comme plan de les remettre deux ans plus tard à la bande de Listuguj. Avant même ce transfert, l’état des lieux avait commencé à se détériorer.

Les Mi’gmaqs sont restés divisés sur la vocation à donner à la demeure. Certaines personnes voulaient la transformer en centre de guérison, d’autres voulaient lui donner une valeur touristique, pendant que d’autres gens y voyaient un symbole du colonialisme britannique.

Le ministère québécois de la Culture, qui avait conféré un statut de bien patrimonial à la demeure en 1987, étudiait dernièrement la possibilité de financer une étude sur ses coûts de rénovation, en accord avec le conseil de bande. En 2010, ce coût était déjà évalué à 250 000 $ par le conseil de bande.

«Acte malheureusement prévisible»

Le président de Patrimoine Gaspésie, Jean-Marie Fallu, déplore «un acte malheureusement prévisible» en parlant de la perte de la maison.

«À la suite de gestes répétés de vandalisme envers cette maison et son incendie (…) on ne peut que conclure qu’il s’agit là d’un échec de conciliation et de concertation entre la communauté micmaque de Listuguj et les autorités provinciale et fédérale en matière de patrimoine», écrit-il.

En janvier 2009, M. Fallu avait écrit au chef Darcy Gray pour lui demander de «tirer profit de la préservation et la mise en valeur de la maison Busteed en créant un “Espace Mi’gmaq”, un lieu de commémoration et d’interprétation de votre histoire en relatant à la fois le passé douloureux que représente cette maison comme symbole du colonialisme, mais aussi en traitant de la prise en charge de votre histoire, de votre culture et de votre développement en lien avec les communautés allochtones».

La présence d’un canon dans la cheminée constituait l’un des éléments originaux de la demeure. Cette cheminée domine maintenant ses décombres.

Fait rare, la famille Busteed avait habité la demeure pendant 209 ans, soit pendant six générations.

Fait rare, la famille Busteed avait habité la demeure pendant 209 ans, soit pendant six générations. Les terres situées au nord de la maison ont été au cœur d’un litige avec le conseil de bande autochtone à la fin des années 1990.

En mars 2009, Travaux publics Canada a acquis la maison et les terres couvrant 1,6 kilomètre carré pour une somme d’environ 800 000 $, pour remettre la propriété deux ans plus tard au conseil de bande. Avant même ce transfert, l’état des lieux avait commencé à se détériorer.

Les Mi’gmaqs sont restés divisés sur la vocation à donner à la demeure. Certaines personnes voulaient la transformer en centre de guérison, d’autres voulaient lui donner une valeur touristique, pendant que d’autres gens y voyaient un symbole du colonialisme britannique.