Le palais de justice de Québec

Un ex-avocat accusé d’avoir importé une poupée-enfant érotique

Quelles raisons pouvaient pousser un jeune avocat de Québec à faire venir d’Asie une poupée de la taille d’une enfant? Pour la poursuite, il est clair que l’objet était destiné à des fins sexuelles. La défense, elle, contestera la théorie de l’usage érotique.

Antoine Gagnon, 30 ans, de Québec, subira l’automne prochain son procès pour importation et possession de pornographie juvénile, à savoir une poupée qui a à la fois les caractéristiques d’un enfant et celles d’un jouet sexuel.

Selon un résumé de la preuve fait par la procureur de la Couronne Me Valérie Lahaie, Antoine Gagnon aurait commencé en mars 2017 à faire des recherches, avec des mots-clefs bien précis, dans le but de commander la poupée. 

Lorsque le colis arrive à l’aéroport de Mirabel, les agents des services frontaliers communiquent avec Antoine Gagnon pour s’enquérir de l’adresse de livraison et confirmer s’il veut toujours recevoir l’objet. Gagnon envoie alors une copie de sa pièce d’identité et indique son intention de recevoir son achat.

Les agents des services frontaliers communiquent aussitôt avec le Service de police de la Ville de Québec. Des enquêteurs organisent une filature autour de leur cible et vont orchestrer la livraison de la poupée.

Comme Antoine Gagnon était membre du Barreau à l’époque, les policiers feront la perquisition en compagnie du syndic de l’ordre professionnel, pour être certains de ne pas contrevenir au droit au secret professionnel des clients.

Les policiers ont trouvé des photos de la poupée dans l’ordinateur de Gagnon, affirme la poursuite. Un rapport informatique complet sera présenté au procès.

Diplômé de l’École du Barreau en 2015, Gagnon a travaillé un peu plus d’un an dans un cabinet d’avocats de défense de Québec. Il a démissionné quelques jours avant sa comparution, en septembre 2017.

Les avocats d’Antoine Gagnon, Me Gervais Labrecque et MKamy Pelletier-Khamphinith ont indiqué au tribunal que la nature et l’usage de la poupée seront contestés, ce qui donnera certainement lieu à un débat d’experts psychiatres.

Le Code criminel considère comme de la pornographie juvénile «toute représentation photographique, filmée, vidéo ou autre, réalisée ou non par des moyens mécaniques ou électroniques […] dont la caractéristique dominante est la représentation, dans un but sexuel, d’organes sexuels ou de la région anale d’une personne âgée de moins de 18 ans».

Quarante-deux poupées en deux ans

Selon une enquête menée par des journalistes de CBC, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a saisi au moins 42 poupées érotiques en 20 mois, soit de janvier 2016 à août 2018.

Ces poupées, fabriquées principalement en Chine et au Japon, peuvent valoir jusqu’à 8000 $. Dans les documents obtenus par la CBC, on peut lire que les poupées saisies ressemblaient à de jeunes filles prépubères notamment en raison de leur petite taille et de leurs seins non développés

À Terre-Neuve, Kenneth Harrisson, 52 ans, fait face à des accusations d’avoir importé du Japon en 2013 une poupée-enfant à caractère érotique.