Un éternel ado coupable de leurre informatique

Comme Peter Pan, Vincent Arcand ne veut pas vieillir. Il a pris les traits d’une «cheerleader» pour séduire un adolescent de 13 ans sur Facebook, et s’est rendu coupable de leurre informatique et d’incitation à des contacts sexuels.

L’homme de Québec, aujourd’hui âgé de 30 ans, n’a pas quitté son air placide lorsque le juge Alain Morand l’a condamné pour un crime qui entraîne une peine minimale d’un an de prison.

Arcand est un timide maladif. Il vit chez ses parents et a du mal à avoir des amis de son âge.

Vincent Arcand, en 2014

Il a quitté l’école à 16 ans sans finir son secondaire et passera les deux années suivantes enfermé chez lui à jouer à des jeux électroniques sur Internet.

Le jeune homme obtient finalement un diplôme d’études professionnelles en informatique à 18 ans.

Au printemps 2013, Arcand sombre dans la dépression après une peine d’amour. Il commence à prendre de la médication et à boire beaucoup d’alcool. 

En juin, il se crée un profil Facebook avec une photo d’une jeune meneuse de claques qu’il appellera Jessica Bouchard. Il réussit à se lier à un adolescent de 13 ans et entretient des conversations de nature sexuelle avec lui. Le jeune homme va même se masturber devant la webcam et accepter de rencontrer Jessica et un ami plus vieux, intéressé à avoir des relations sexuelles. Les parents de l’adolescent vont heureusement stopper la romance virtuelle avant le rendez-vous et porter plainte à la police.

Un garçon de 10 ans dans l’auto

Les policiers retracent l’adresse IP de l’ordinateur de Vincent Arcand et saisissent tout son matériel informatique le 11 juillet 2013. Arcand, qui plaidera ne pas être un spécialiste de l’informatique, avait deux logiciels pour effacer ses traces de navigation.

Les policiers trouvent des lettres où Arcand parle de ses idées suicidaires, de son désir de rester adolescent et de son attirance pour les garçons de 16 ans. Il évoque son absence d’empathie pour la douleur des autres et son envie de faire souffrir autrui.

Au mois d’août, alors que l’enquête policière se poursuit, Vincent Arcand est intercepté vers 21h30 par des patrouilleurs de la police de Québec dans le stationnement de l’Arboretum du Domaine Maizerets. Sur le siège arrière d’une voiture, un garçon de 10 ans joue à l’ordinateur. Vincent Arcand est à moitié couché à ses côtés, en sueur.

L’enfant expliquera aux policiers que Vincent Arcand est son seul ami et qu’il fait plein de sorties avec lui en plus de jouer à des jeux électroniques. Le garçon a fait croire à sa mère que Arcand est le père d’un ami.

L’accusé nie tout

Au procès, Vincent Arcand niait avoir été derrière le clavier d’ordinateur au moment des infractions. Il soumettait que l’un de ses amis adolescents, qui le visitait quotidiennement à l’époque, avait pu utiliser son ordinateur pour clavarder avec la jeune victime.

Le juge Alain Morand de la Cour du Québec n’a rien crû de ces explications. «Si les infractions avaient été perpétrées par l’un de ces adolescents, de façon anonyme, pourquoi aurait-il pris tant de mesures pour ne pas être découvert? Pourquoi n’aurait-il pas proposé des rapports sexuels avec lui-même plutôt qu’avec un adulte?» demande le juge.

Vincent Arcand a refusé de se soumettre à un rapport sexologique. Il reviendra à la cour en janvier pour connaître la date des représentations sur la peine.