Yves Leclerc, aujourd’hui âgé de 63 ans, a plaidé non coupable en 2007 à une accusation de contact sexuel commis sur un jeune joueur de soccer deux ans plus tôt. Le juge a prononcé une sentence suspendue.

Un entraîneur de soccer à Beauport accusé d’agression sexuelle

Confident, conseiller, ami; Yves Leclerc était plus qu’un entraîneur de soccer pour Alain Fortier. «C’était à 90 % du bon dans ma vie», résume-t-il. La portion restante était devenue trop lourde à porter, dit-il.

Dès son arrivée à la barre des témoins, Alain Fortier, 41 ans, demande au juge Jean Asselin de la Cour du Québec de lever l’ordonnance de non-publication qui couvre son identité, comme celle de tous les plaignants dans les dossiers de crimes sexuels.

Depuis, déjà plusieurs années, M. Fortier parle ouvertement de son passé de victime. Il a écrit un livre en 2013 et donné plusieurs conférences, notamment avec Frank Tremblay, celui qui a gagné un recours collectif contre des prêtres pédophiles chez les Rédemptoristes.

Au début des années 90, Alain Fortier a dénoncé un de ses professeurs qui l’avait, dit-il, agressé sexuellement. Vingt-cinq ans plus tard, il portait plainte contre son ex-entraîneur de soccer, Yves Leclerc, aujourd’hui âgé de 63 ans.

1991. Fils d’un boucher de Sainte-Thérèse-de-Lisieux, Alain grandit avec une sœur aînée et des parents unis. Le petit bungalow est plein d’amour, mais les finances sont serrées. 

À 14 ans, l’adolescent sage et joueur talentueux devient capitaine de l’équipe de soccer menée par l’entraîneur Yves Leclerc, à Beauport. 

Ancien militaire, physicien spécialisé dans le nucléaire, Leclerc gagne rapidement la confiance d’Alain et de ses parents.

L’adolescent et d’autres coéquipiers se rendent souvent chez leur entraîneur, un célibataire qui vit avec sa mère, pour jouer à des jeux de société. Ils feront aussi des visites touristiques et des sorties au restaurant. 

Alain Fortier remarque que, souvent, Leclerc et d’autres jeunes se chamaillent. Lui-même subira des attouchements lors de ces jeux. «Mais dans ma tête, ce n’est pas si grave.»

Alain affirme qu’après une activité dans une piscine publique, Yves Leclerc a surgi dans sa douche, l’a poussé contre le mur et a tenté de le masturber. «J’ai donné trois-quatre coups sur la machine à savon pour lui en mettre dans les yeux et j’ai réussi à me déprendre. Il est sorti», raconte Alain.

Après des excuses de la part de Leclerc, la relation d’amitié reprend. Yves Leclerc devient aussi l’employeur de l’adolescent désargenté. Il le paye 10 $ de l’heure pour faire des travaux sur son terrain.

Alain Fortier a attendu longtemps avant de dénoncer son ex-entraîneur.

Reprise des attouchements

Les attouchements sexuels reprennent, allègue Alain. «J’ai compris que si je n’acceptais pas les agressions, je ne pourrais plus travailler pour lui et ce salaire était important pour moi, affirme Alain. Dans ma tête d’enfant, je n’avais pas d’autres solutions.»

Alain dit se souvenir d’une vingtaine de soirées au cours desquelles il a dû masturber son entraîneur et se laisser masturber. 

À partir de 1996, les séances de masturbation cèdent le pas à des relations sexuelles anales, allègue Alain Fortier. Il soutient qu’à une dizaine de reprises, il s’est laissé sodomiser par l’entraîneur Leclerc.

«J’étais déconnecté de mes émotions, témoigne Alain Fortier. Ce n’était pas moi qui se faisait agresser, c’était un autre.»

Après chaque agression, Yves Leclerc s’excusait, selon Alain. Comme si le bon gars revenait, suppose-t-il.

Alain Fortier a attendu longtemps avant de dénoncer son ex-entraîneur. Son cœur était trop plein de culpabilité, dit-il. «Pour moi, il m’a aidé beaucoup, il m’a fait vivre des choses que je n’aurais pas pu vivre avec ma famille, dit Alain. Je ne sais pas s’il a fait toutes ces activités-là pour m’agresser ou parce qu’il était gentil.»

Le procès de Yves Leclerc pour agression sexuelle et exploitation sexuelle se poursuit toute la semaine. Même si Alain avait l’âge de consentir à des actes sexuels (14 ans), la Couronne soutient que son consentement était vicié par la relation de confiance et d’autorité avec l’accusé.

En 2007, Yves Leclerc a plaidé coupable à un contact sexuel commis sur un jeune joueur de soccer deux ans plus tôt. Le juge a prononcé une sentence suspendue.