«Ce n'est pas innocent que ça se passe à ce moment-ci. C'est sûr que ça a un lien avec le référendum», pense Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec.

Un colis haineux qui ravive la peur

Le colis haineux destiné à la grande mosquée de Québec deux jours avant le référendum sur l'aménagement d'un cimetière musulman à Saint-Apollinaire ravive la peur chez les fidèles après l'attentat du 29 janvier qui a fait six morts.
«Vous cherchez un terrain pour ensevelir vos sales carcasses?» Le message reçu vendredi au lieu de prière du chemin Sainte-Foy est sans équivoque. L'envoi anonyme livré par Postes Canada contient un exemplaire du Coran sur lequel est gravé un X à l'aide d'un couteau. Il est accompagné d'une note d'insultes et d'une photographie de porcs dans un champ. «Alors voici un endroit idéal pour vous. Ça va sentir le cochon de toute façon», poursuit la missive.
Le président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) dit recevoir plusieurs lettres d'insultes, chaque fois transmises aux policiers. Mais celle-ci dépasse les bornes. «Nous avons partagé cette information mardi soir avec les membres de la communauté. Ils doivent savoir ce qui se passe comme toute la population du Québec», dénonce Mohamed Labidi.
Le CCIQ a fait une plainte à la police qui a ouvert une enquête. Cependant, on a préféré attendre l'issu du référendum de Saint-Apollinaire avant de rendre public l'envoi pour ne pas interférer dans le résultat de la consultation populaire. Dimanche, les citoyens ont finalement voté contre l'établissement du cimetière.
«Ce n'est pas innocent que ça se passe à ce moment-ci. C'est sûr que ça a un lien avec le référendum. Si nous en avions parlé avant, nous nous serions fait accuser de se faire du capital politique», explique M. Labidi. 
Sans pouvoir dire qui est l'auteur du message, le président revient sur les propos du maire Régis Labeaume tenus mardi quant à la participation alléguée de membres du groupe identitaire La Meute dans le projet avorté de cimetière. Il disait alors que «ce genre de milice» est «potentiellement dangereuse» et «extrêmement toxique».
«C'est connu qu'il y a trois ou quatre groupes d'extrême droite. Ça peut avoir un lien», soutient pour sa part le représentant du CCIQ.
Mercredi, le maire a été peu loquace à savoir s'il était au fait du dossier du colis haineux lorsqu'il a émis ses commentaires la veille. «Pour des raisons de sécurité, je ne veux pas en discuter. La police de Québec est sur l'enquête, dans ces cas-là il y a un commandement qui va jusqu'à la GRC. Alors, toute cette cellule-là est en opération, en action pour l'enquête.»
Sur son site secret, un représentant de La Meute, Sylvain Brouillette, qui utilise le pseudonyme Sylvain Maikan, qualifie le geste de lâche et stupide. «Les médias me contactent pour savoir si La Meute est responsable de ce délit haineux, écrit-il. Passez le message. Ça ne vient pas de nous.»
«Vous cherchez un terrain pour ensevelir vos sales carcasses? alors voici un endroit idéal pour vous. Ça va sentir le cochon de toute façon» peut-on lire dans le colis haineux envoyé vendredi à la Grande Mosquée de Québec.
L'envoi anonyme contient également un coran sur lequel un X gravé dans la couverture raye le nom d'Allah écrit en arabe.
Frustrés
«Nous sommes extrêmement frustrés et ça ravive la peur», enchaîne M. Labidi. Sans compter que la personne ou groupe à l'origine de cet acte haineux a pris pour cible plus qu'une mosquée, mais ce qui est devenu un véritable symbole de l'islamophobie depuis l'attentat survenu le 29 janvier. Le suspect dans cette affaire, Alexandre Bissonnette, 27 ans, de Cap-Rouge, est accusé de six meurtres et de six tentatives de meurtre.
Depuis le tragique événement, on ne peut y entrer qu'avec une carte d'accès. Le CCIQ a aussi installé un système de caméras de surveillance. De plus, un généreux donateur a fait installer des barrières Jersey devant la voie d'accès de l'entrée principale pour empêcher les véhicules d'y circuler.
De son côté, la police de Québec affirme poursuivre l'enquête. Elle exerce une surveillance accrue autour de l'édifice. 
Encore dans les plans
Le CCIQ a rencontré mercredi des représentants d'Harmonia et de la municipalité de Saint-Apollinaire pour évaluer la possibilité de poursuivre le projet de cimetière. Il est clair que le dossier est clos pour le maire Bernard Ouellet, a conclu M. Labidi, à sa sortie de la rencontre, notant tout de même qu'il reste des avenues à explorer avant de déposer une plainte auprès de la Commission des droits de la personne. «On sait qu'on a des droits qui ont été bafoués», a précisé Mohamed Labidi.
«Si ça ne fonctionne pas à Saint-Apollinaire. On n'abandonne pas pour autant le projet de cimetière. On va se tourner vers d'autres sites», conclut le président. Avec Annie Mathieu et Guillaume Piedboeuf