Ce sera la deuxième fois que Me Jean-Roch Parent, un ancien procureur de la Couronne de 39 ans, aura à faire face à des accusations criminelles.

Un ancien procureur de la Couronne accusé de voies de fait

Un avocat de défense, Me Jean-Roch Parent, sera accusé de voies de fait et menaces sur des agents de la paix et d'entrave à la justice après avoir piqué toute une colère en se faisant intercepter dans une voie réservée aux autobus.
Au total, cinq accusations criminelles viennent d'être autorisées contre l'avocat de défense de 39 ans, ancien procureur de la Couronne : entrave à deux agents de la paix, intimidation de personnes liées au système judiciaire, entrave à la justice en intimidant les agents de la paix pour qu'ils cessent leur intervention et leur enquête, menaces de causer la mort ou des lésions corporelles et voies de fait sur des agents de la paix.
C'est une procureure de la Couronne de Roberval, Me Julie Lajoie, qui a autorisé les accusations.
Me Parent a été libéré sous promesse de comparaître le 4 juillet au palais de justice de Québec.
À l'heure de pointe, le 4 mai, Me Jean-Roch Parent roulait sur Honoré-Mercier en direction de la colline parlementaire. Il a été intercepté en même temps que d'autres automobilistes, parce qu'il roulait dans la voie réservée aux autobus.
Au bout d'un moment, Jean-Roch Parent est sorti de son véhicule pour discuter avec les agents de la Sûreté du Québec. Le ton a rapidement monté.
Selon un automobiliste qui a filmé la scène avec son téléphone cellulaire - et qui souhaitait vendre la vidéo à gros prix aux médias -, l'avocat, ulcéré de voir un policier lui mettre la main sur l'épaule, aurait lancé «lâche-moi ou je te cogne!».
Toujours selon le témoin, les agents ont dû coucher l'avocat au sol pour procéder à son arrestation.
Ce sera la deuxième fois que Me Parent aura à faire face à des accusations criminelles.
À l'automne 2015, après une difficile séparation avec sa conjointe, il a plaidé coupable à une accusation de harcèlement et de non-respect d'engagement. L'avocat, qui a perdu son poste au bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales, a obtenu une absolution conditionnelle à une probation de 12 mois.
Accrochages à la cour
Cet incident sur la route survient après une série d'accrochages en salle de cour, au cours des derniers mois, impliquant l'avocat de défense, des procureurs de la Couronne et même plusieurs juges.
Pugnace et à cheval sur les règles de pratique, Me Parent sait se faire cinglant et irrévérencieux. Toujours, plaide-t-il, pour faire respecter les droits constitutionnels de ses clients.
Le 19 avril, la juge Johanne Roy l'a averti qu'il franchissait «des lignes qu'un officier de justice ne doit pas franchir» et que son comportement «retardait l'avancement des dossiers».
L'avocat s'est aussitôt dit en désaccord. «C'est plutôt votre attitude, Mme la juge qui fait retarder les choses, respectueusement soumis», a tonné Me Parent.
À ce moment, le constable spécial a quitté son poste au fond de la salle d'audience et s'est déplacé vers le tribunal. Un déplacement qui n'a pas échappé à la juge.
«Je souligne que les constables spéciaux se sont avancés, ce qui confirme que votre attitude n'est pas de ma seule perception agressive, mais que d'autres intervenants responsables de la sécurité de la salle ont constaté le même comportement, a dit la juge Roy. Malheureusement, les caméras ne peuvent pas filmer les sourires narquois que vous êtes en train de faire, mais je les relate.»
Toujours en avril, lors d'une audience très houleuse, le juge Carl Thibault de la Cour du Québec a demandé à Me Jean-Roch Parent «d'être respectueux envers l'institution et le personnel de la cour». L'avocat de défense venait d'avoir  un commentaire méprisant pour la greffière. «Je respecte les gens qui m'accordent le même respect», a répliqué Me Parent.
Doléances au syndic
Plusieurs doléances de la magistrature ont été transmises au syndic du Barreau concernant la conduite de l'avocat de défense.
La responsable des communications du Barreau, Martine Meilleur, indiquait la semaine dernière, au moment de l'arrestation de Jean-Roch Parent, que «le Barreau du Québec ne peut jamais commenter un dossier judiciaire, en cours ou conclu, et ne commente jamais non plus un dossier mettant en cause l'un de ses membres, afin de ne pas compromettre l'objectivité et la sérénité d'un éventuel processus d'enquête et de discipline s'il y a lieu».
Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) s'inquiète aussi des nombreuses prises de bec de Me Jean-Roch Parent avec ses procureurs.
Il y a deux semaines, l'avocat de défense s'est vu interdire l'accès aux bureaux de la Couronne au palais de justice de Québec. Il doit maintenant communiquer par écrit avec les procureurs.