Si la légalisation du cannabis a changé peu de choses, les autorités gardent tout de même un œil sur les consommateurs.

Un an plus tard, les impacts de la légalisation du cannabis se font peu sentir

Le sujet a déchaîné les passions pendant des mois. Puis, plus rien. L’apocalypse prédite par certains n’est pas arrivée. Un an après la légalisation du cannabis, ses impacts sont subtils.

Vendredi, 17 h. Le trafic est dense dans le stationnement de la Société québécoise du cannabis (SQDC) située rue Principale à Granby. Des gens de tous âges entrent et sortent de la boutique d’État avec leur paquet et, avouons-le, une certaine précipitation.

Si fumer du pot est moins tabou qu’avant, il le reste quand même un peu. Dominic, un père de famille de Granby, semble mal à l’aise de répondre aux questions de La Voix de l’Est.

« J’étais contre (la légalisation du cannabis) au début, admet-il. Mais il y a tellement de cochonneries en circulation... Au moins ici, c’est propre, c’est disponible et il y a un bon service. »

Il dit fumer de deux à trois fois par mois et estime que les lois plus permissives ont changé peu de choses aux habitudes des consommateurs. « De toute façon, les gens gardent leurs habitudes, dit-il. C’est déjà tellement répandu. »

Dans les faits, l’augmentation de la consommation d’herbe s’illustre davantage chez les 45 à 64 ans, a indiqué à La Presse Serge Brochu, professeur émérite à l’École de criminologie de l’Université de Montréal.

Les plus vieux ne sont pas en reste : Jean-Guy, 79 ans, s’est mis à la marijuana lorsqu’elle est devenue légale et est devenu un fidèle client de la SQDC de Granby depuis son ouverture, en juin.

« Je me suis dit que c’est légal, alors je vais l’essayer. Ça fonctionne bien pour relaxer, mais ils n’ont pas toujours ce que je recherche », soit des joints à haute teneur en THC.

« On paie un peu plus cher, mais c’est de la qualité, insiste Lauriane, une autre cliente régulière. C’est plus haut de gamme que ce que j’achetais avant de venir ici. »

Les SQDC ont-elles effectivement accaparé une partie des profits du marché noir ? Tout porte à croire que oui, puisqu’elles ont vendu 6264 kilos de cannabis lors de leur premier trimestre et réalisé 45,1 M$ en vente.

Les tablettes sont à nouveau remplies et toutes les succursales ouvertes sept jours sur sept. Celle de Granby fonctionne-t-elle mieux qu’ailleurs ? « Ce sont des informations qu’on ne partage pas », indique le porte-parole de la SQDC, Fabrice Giguère.

Vérifications

Chose certaine, à l’extérieur de ces boutiques aux tons neutres et à l’allure de pharmacies, c’est business as usual.

Le travail des policiers de Granby n’est pas plus complexe, hormis les vérifications d’usage à faire lorsqu’une personne est arrêtée en possession de cannabis, mentionne le porte-parole de la police de Granby, Guy Rousseau.

Où l’a-t-elle achetée ? Si non, a-t-elle le droit d’en faire pousser ? La question des permis délivrés par Santé Canada pour de la marijuana médicinale, jugés trop peu restrictifs et permettant de cultiver jusqu’à plus de 200 plants, a récemment été dénoncée par le Service de police de Granby.

À LIRE AUSSI : Cannabis à des fins médicales: des permis trop permissifs, estime la police de Granby


Du reste, les cas de conduite avec les facultés affaiblies par la drogue — ou toute infraction reliée à cette substance — n’ont pas augmenté, dit M. Rousseau.

Le relationniste rappelle toutefois que « la consommation de stupéfiants est une des premières causes de criminalité dans une ville ». « Ça coûte cher et travailler ne suffit pas toujours. »

La police de Granby surveille particulièrement les points de vente situés près des écoles, et dit obtenir — et encourage — la collaboration des citoyens à ce sujet.

Ouvrage

Si la légalisation devait également alléger le travail des procureurs de la Couronne, ce n’est toutefois pas le cas, soutient Me André Campagna, procureur chef adjoint pour les districts judiciaires de Bedford, Saint-François et Mégantic. « On a autant d’ouvrage et de dossiers à traiter », dit-il.

« Le temps de traitement qui était investi par les procureurs dans les dossiers antérieurs est désormais consacré à mener avec célérité l’ensemble des dossiers sous leur responsabilité », ajoute Me Jean Pascal Boucher, porte-parole du Procureur aux poursuites criminelles et pénales pour le Québec.

Depuis quelques années, la Couronne optait déjà pour la non-judiciarisation dans les cas de petites quantités de cannabis, communément appelée « possession simple ».

« Aujourd’hui, on accuse à partir de six ou sept plants », dit Me Campagna.

SENSIBILISATION À VAL-DES-CERFS

La légalisation du cannabis a amené la commission scolaire du Val-des-Cerfs à modifier son message de sensibilisation auprès des jeunes.

Celui-ci tient désormais compte des nouvelles dispositions de la loi tout en maintenant les éléments de prévention.

« On a toujours fait de l’éducation au sujet des drogues, souligne la coordonnatrice aux communications Alexandra Langlois. Là, on leur explique aussi les grandes lignes de la loi. »

À cet effet, un éducateur en prévention des dépendances est présent dans chaque école secondaire et travaille en collaboration avec des organismes locaux. Le personnel d’une école secondaire de Granby recevra également la visite d’agents de la GRC bientôt afin d’être informé sur les nouveaux produits qui arrivent sur le marché, comme les bonbons au cannabis.

Par ailleurs, Val-des-Cerfs n’a pas constaté de recrudescence des problèmes liés au cannabis depuis un an. 

PAS DE TOURISME CANNABIQUE DANS LA RÉGION

La crainte que les touristes affluent pour acheter du pot légal semble aussi s’avérer non justifiée.

« Aucun client ne s’est affiché comme étant venu pour ça », indique la directrice des ventes et du marketing à l’Hôtel Castel, Marie-Joëlle Bourdeau.

Mme Bourdeau n’a pas non plus remarqué d’odeurs de cannabis dans les chambres et aux alentours de son établissement.

Même constat du côté de l’hôtel Le St-Christophe, mais son propriétaire, Patrick Saad, songe pour sa part à une façon de profiter de ce nouveau marché.

« C’est en réflexion, dit-il. On pourrait par exemple avoir des zones de consommation, dans le respect des clients. Je pense qu’il faut développer ça. »

La propriétaire de l’Econolodge, Paty Zhu, n’a pas rappelé La Voix de l’Est.