Le gamin Ryan Alexander Lovett en compagnie de sa mère, Tamara Lovett

Trois ans de prison pour une mère qui voulait soigner elle-même son garçon

CALGARY — Une femme de Calgary qui avait refusé d’amener chez le médecin son garçon de sept ans souffrant d’une infection bactérienne, et qui est décédé par la suite, a été condamnée vendredi à une peine de trois ans de prison.

Tamara Lovett, âgée de 48 ans, avait été reconnue coupable de négligence criminelle ayant causé la mort, en janvier dernier.

La juge Kristine Eidsvik a estimé que Lovett avait «joué» la vie de son fils Ryan et l’avait «perdue» en tentant de soigner son infection streptococcique avec de la médecine douce, sans consulter un médecin, en 2013.

Tamara Lovett avait administré du thé de pissenlit et de l’huile d’origan à son fils afin de soigner l’infection à streptocoque qui a cloué l’enfant au lit pendant 10 jours. Elle pensait que le gamin souffrait d’un rhume ou d’une grippe et qu’elle était en mesure de le soigner elle-même.

On a appris au procès que le petit Ryan était mort bien avant que sa mère ne compose le 9-1-1 pour signaler qu’il ne respirait plus. Le médecin légiste en chef de l’Alberta a indiqué durant son témoignage que le corps du petit était infesté de streptocoques du groupe A, ce qui avait entraîné la défaillance de la plupart de ses organes vitaux.

Si la juge Eidsvik estime que la mère éprouve aujourd’hui des remords sincères et admet avoir commis une erreur, elle se demande tout de même si cette femme a vraiment changé d’avis au sujet de la médecine «classique».

«Devoir légal et moral»

La Couronne réclamait de quatre à cinq ans d’emprisonnement, alors que la défense suggérait un an de prison et un an de probation.

Le procureur Jonathan Hak a estimé à la sortie de la salle d’audience que la peine de trois ans de prison adresse un message clair à la population: «si votre enfant ne va pas mieux, vous avez le devoir légal et moral de consulter en “médecine classique” pour qu’il obtienne des soins».

L’avocat de Lovett, Alain Hepner, a soutenu de son côté que la peine de prison n’était rien en comparaison de ce que la mère endure depuis le décès de son garçon. «Elle est déjà condamnée à perpétuité.»

Après le verdict de culpabilité, en janvier dernier, la défense avait tenté de plaider l’arrêt Jordan pour que les procédures soient abandonnées en raison du temps qui s’était écoulé entre l’arrestation et le verdict.

L’affaire a mis 38 mois pour suivre son cours, soit plus que la limite de 30 mois établie par la Cour suprême du Canada en juillet 2016 dans l’arrêt Jordan. La Cour suprême permet toutefois une certaine flexibilité pour les affaires dites «transitoires» — lorsque les accusations ont été portées avant l’arrêt Jordan. Le procureur Hak a plaidé que le cas de Tamara Lovett appartenait à cette catégorie.

La juge Eidsvik a imputé à la défense six mois de retard, ce qui donne 32 mois. Pour le reste, elle s’est rangée à l’avis de la Couronne sur la «clause transitoire», avant de prononcer la peine vendredi.