Une explosion, possiblement en raison d'une manipulation de substances illicites, a causé des blessures importantes à deux hommes, mercredi soir à Donnacona.

Trois ans de prison pour un artificier du dimanche

Martin Delisle a déjà perdu une main en pulvérisant son logement de Donnacona avec du TATP, l'explosif préféré des terroristes. Il devra maintenant purger trois ans de prison.
L'homme a aujourd'hui 40 ans, mais a gardé toute la témérité, l'immaturité, l'insouciance et le manque de jugement d'un adolescent, note le juge Carl Thibault de la Cour du Québec dans sa décision sur la peine rendue vendredi matin.
Au printemps 2016, Martin Delisle est alité pour soigner d'importantes fractures qu'il s'est infligées en volant du métal dans une usine désaffectée. Il doit cesser de prendre sa médication pour l'hyperactivité.
Désoeuvré, il visionne à répétition des vidéos d'explosions sur Internet et décide de se mettre à la confection  de  peroxyde d'acétone ou TATP, un explosif extrêmement sensible et instable, dont l'usage civil est interdit au Canada.
Il pratique à plusieurs reprises à l'extérieur et filme ses essais.
Le 18 mai 2016, ce qui devait inévitablement arriver, arriva. Martin Delisle a provoqué une violente explosion en manipulant un pot Mason plein de TATP.
Delisle a eu la main gauche broyée par le souffle de l'explosion. Il a aussi eu des lacérations au thorax et des blessures sévères aux yeux et aux oreilles.
Les fenêtres du logement ont volé en éclats et la table de cuisine a été percée d'un trou. Une cuillère s'est plantée dans le plafond et les policiers ont trouvé des morceaux de chair partout dans la cuisine.
Le technicien en explosifs de la Sûreté du Québec appelé sur les lieux ne s'expliquait pas comment l'artificier du dimanche a pu survivre.
Un ami qui était avec Delisle dans le logement de Donnacona a été blessé au visage et à la tête par des éclats de verre.
Au cours d'une opération très délicate, le technicien en explosifs a réussi à déplacer tous les pots de TATP et à les détruire dans une explosion contrôlée. Selon la police, la quantité d'explosifs était suffisante pour faire sauter tout le pâté de maisons.
Martin Delisle a convenu qu'il avait «fait une connerie», mais a soutenu qu'il voulait simplement fabriquer des pétards à mèche. Une explication que ne retient pas le tribunal.
Il a fini par plaider coupable à la fabrication et à l'usage négligent d'explosifs et présente aujourd'hui des remords sincères, évaluent les agents de probation.
La Couronne réclamait une peine de quatre ans de pénitencier tandis que la défense estimait que la détention provisoire équivalant à 18 mois était suffisante. Après analyse, le juge Thibault impose une peine de 36 mois, dont il restera un peu plus de 17 mois à purger.
Martin Delisle sera en probation durant trois ans après son incarcération et devra se soumettre à toute thérapie pour traiter un problème de consommation d'alcool et de stupéfiants.