Alfredo Rivas est une victime collatérale de l’incendie de la rue Saint-Paul, qui est survenu le 13 décembre dernier.

Tout perdre dans l'incendie... du voisin

Installé au Québec depuis quatre ans, Alfredo Rivas avait tout misé sur la boutique de souvenirs Deux par Un, qu’il avait lancée en juin, puis déménagée au 137, rue Saint-Paul en septembre. Le natif de la Colombie a cependant tout perdu à cause de l’incendie de l’immeuble voisin du sien, un édifice abandonné qui faisait l’objet d’un litige avec la Ville depuis cinq ans.

«Mon commerce allait très bien, j’avais des stocks au moins jusqu’au mois d’avril. Ma boutique n’a pas été touchée par le feu même si elle partage un mur avec le bâtiment où a eu lieu l’incendie. Par contre, 90% de mes stocks ont été endommagés par l’eau et la fumée, et il m’est maintenant impossible de les vendre», déplore M. Rivas au sujet de l’incendie de l’immeuble voisin, considéré comme suspect.

Le commerçant était à sa résidence de Sainte-Foy quand les flammes ont éclaté dans le bâtiment voisin de son commerce, le 141, rue Saint-Paul, tôt le 13 décembre. «Vers 7h, le propriétaire de l’immeuble m’a appelé pour me dire qu’il y avait un gros problème, qu’il y avait eu un feu dans le bâtiment voisin quelques heures plus tôt», explique celui qui s’est alors précipité sur place pour voir l’étendue des dégâts.

Tout perdre 

«Les gens de Qualinet sont venus et m’ont dit que 90% de la marchandise était irrécupérable. Les cartes postales, les vêtements et divers accessoires ont été endommagés par l’eau et la fumée. Je dois aussi jeter les produits de l’érable que je vendais, car ils ont été endommagés par la chaleur», explique celui qui évalue à environ 180 000 $ la valeur de tout ce qu’il a perdu. Son ordinateur et sa caisse enregistreuse y sont passés aussi, rendus inutilisables par l’eau des boyaux d’arrosage.

«Depuis que je suis arrivé au Québec, j’ai appris le français et j’ai travaillé très fort comme homme d’entretien afin de pouvoir amasser l’argent pour lancer ma propre boutique. J’avais acheté l’inventaire d’une boutique qui fermait et je l’avais complété en achetant ce qui manquait. J’avais tout investi mon salaire ici et je réinvestissais les profits dans la boutique. J’avais des stocks au moins jusqu’à avril», poursuit celui qui ne disposait cependant d’aucune police d’assurance.

«Comme je suis le seul employé de ma boutique, je n’avais pas eu le temps de régler ça, de m’assurer, durant la haute saison touristique. Il faut parler au téléphone, donner de l’information, envoyer un spécimen de chèque et j’étais occupé toute la journée! J’avais l’intention de m’assurer en janvier, quand l’achalandage serait moins important...» explique le commerçant, qui regrette maintenant amèrement sa décision.

À l’abandon

«Maintenant, je suis fermé et le propriétaire du local me demande de le vider d’ici vendredi. Je ne sais plus quoi faire! Et c’est très frustrant, car tout ça n’est pas ma faute. Ce n’est pas ici qu’il y a eu un feu, c’est dans le bâtiment voisin et il était abandonné depuis des années. Il faudrait que soit reconnue la responsabilité du propriétaire du bâtiment voisin», indique-t-il.

Laissé à l’abandon, l’édifice du 141, rue Saint-Paul faisait en effet régulièrement l’objet de plaintes en matière de sécurité, d’accumulation de neige et de glaçons, d’entrave à la circulation et de présence d’animaux. En 2015, un expert avait même recommandé sa démolition en raison de signes d’affaissement. La Ville de Québec multipliait depuis cinq ans les recours judiciaires concernant la détérioration du bâtiment, dont le propriétaire accumulait les amendes non payées en cour municipale.

Le bâtiment était sur le point d’être enfin vendu le 12 décembre, mais le propriétaire ne s’est jamais présenté pour signer l’acte de vente. Quant à l’acheteur potentiel, il s’est désisté après que l’immeuble eut été détruit par les flammes. La Ville a maintenant amorcé des procédures d’expropriation. 

Situation difficile

De son côté, à l’approche de Noël et alors que plusieurs visiteurs écument les quartiers touristiques à la recherche de trouvailles, M. Rivas se retrouve dans une situation très difficile. Ses stocks sont invendables et il n’a aucune possibilité de redémarrer ailleurs puisque tout son argent a été investi dans ce projet. 

«Il y a encore des gens qui regardent et qui rentreraient sûrement et achèteraient peut-être quelque chose si c’était ouvert...» laisse-t-il tomber alors que de nombreux touristes s’arrêtaient devant sa vitrine pour y examiner les souvenirs qui y étaient présentés.

Alfredo Rivas ne sait plus à qui s’adresser pour obtenir de l’aide et il craint de devoir attendre longtemps avant d’être dédommagé s’il réussit à obtenir une compensation pour ses pertes. «J’ai contacté l’organisme de financement participatif La Ruche, mais il faut que je tourne une vidéo pour lancer mon projet. Pour l’instant, je devrai me trouver du travail, car je n’ai plus ma boutique pour gagner ma vie», déplore-t-il.