Tobby Carrier lors de son arrestation en avril 2009

Toby Carrier savait ce qu'il faisait, conclut un expert

Le psychiatre retenu par la Couronne dans le procès que subit Toby Carrier pour meurtre non prémédité et tentatives de meurtre ne croit pas que celui-ci a connu un trouble de dissociation lorsqu'il a assassiné son frère Ismaël et tenté de tuer ses parents le 31 mars 2009. Il estime plutôt que Carrier savait ce qui se passait au moment des événements.
«Un des points majeurs [contre la théorie de la dissociation] est qu'on ne peut pas prédire qu'on va faire une dissociation», a témoigné le psychiatre légiste Sylvain Faucher. Sur ce point, l'expert se base sur le témoignage d'une amie de Carrier, Marie-Michèle Lévesque, qui a clavardé avec lui quelques instants avant le drame.
L'accusé aurait alors déclaré à son amie alors qu'il avait quelque chose dans les mains et qu'il avait hâte de s'en servir. On se rappellera que Toby Carrier a commis ces crimes avec un couteau provenant de la cuisine de la résidence familiale.
«Signes de stratégie»
Le docteur Faucher, qui a notamment expertisé Simon Marshall, l'homme de Sainte-Foy qui s'accusait faussement de viols, a aussi soutenu qu'une personne vivant un épisode dissociatif est désorganisée au moment de la dissociation. À son avis, Carrier a au contraire démontré plusieurs «signes de stratégie ou d'amélioration» de son comportement dans l'agression.
Le psychiatre souligne notamment, à ce chapitre, que Carrier s'était procuré un couteau plus solide que celui qui se trouvait déjà dans sa chambre, qu'il avait fermé la porte de la salle de bains pour attaquer sa mère et qu'il aurait fait en sorte de se dissimuler juste avant que son père ouvre ladite porte après avoir entendu les cris de sa femme.
Personnalité narcissique
Alors que sa collègue psychiatre à la défense, Marie-Frédérique Allard, diagnostiquait une personnalité limite chez Carrier, Sylvain Faucher perçoit plutôt chez l'accusé une personnalité narcissique de type hyper-vigilant, notamment par son habitude à argumenter jusqu'à ce qu'il ait raison, selon le témoignage de son père, et sa grande sensibilité à toute critique à son endroit.
«Comment fait-il pour ne pas nommer aucun symptôme dissociatif à ses trois amis et au policier [qui l'interroge], alors qu'il n'a jamais vécu [un épisode de dissociation] et qu'il n'en a jamais été témoin», s'est également interrogé l'expert mandaté par le ministère public.
Dans son contre-interrogatoire, qui se poursuivra lundi, le docteur Faucher a reconnu qu'il n'avait pas parlé aux parents de Carrier pour faire son expertise. Il n'a pas non plus revu l'accusé avant son second procès, contrairement à la psychiatre de la défense qui, elle, a vu son contre-interrogatoire prendre fin vendredi en matinée.