Toby Carrier

Toby Carrier coupable sur toute la ligne

Le second procès de Toby Carrier a finalement conduit au même verdict que le premier. L'homme de 27 ans de Matane a été reconnu coupable samedi matin au palais de justice de Baie-Comeau du meurtre non prémédité de son frère Ismaël et de tentatives de meurtre sur ses parents, Chantal Michaud et Nelson Carrier.
Après environ une douzaine d'heures de délibérations, le jury a reconnu Carrier coupable de tous les chefs qui pesaient contre lui. L'accusé a encaissé le verdict, prononcé par la jurée numéro 9, du même calme qu'il a démontré tout au long du procès, qui s'est amorcé il y a un mois. Pour sa part, sa mère a donné libre cours à ses larmes, elle qui a assisté à l'ensemble des procédures en contenant ses émotions.
La condamnation de Carrier pour le meurtre de son frère s'accompagne d'une peine de prison à perpétuité. Invité par le juge Serge Francoeur à lui faire une suggestion sur le moment où le condamné pourra demander une libération conditionnelle, le jury y est allé du minimum possible dans le cas de meurtre non prémédité, soit 10 ans, quatre ans de moins que la sentence du premier procès. Carrier est incarcéré depuis plus de huit ans.
La défense était bien sûr prête à accepter cette recommandation du jury, mais la Couronne ne partage pas le même point de vue. Ainsi, les deux parties se livreront à des représentations sur la sentence, dont la date sera fixée dans 10 jours.
«Le fait qu'un deuxième jury en vienne aux mêmes conclusions qu'un premier jury démontre la force de la preuve», a fait valoir le procureur de la Couronne, Me Guy Loisel, qui avait aussi mené le premier procès pour le compte du ministère public. Me Loisel a estimé que les aveux faits par Carrier après le drame et la vidéo de son interrogatoire policier étaient «fortement incriminants».
«Un besoin de soins»
Déçue mais disant bien comprendre le verdict, Me Véronique Robert a rappelé qu'elle pensait encore et toujours que son client «a besoin de soins, donc on espérait une hospitalisation». En ce sens, elle souhaite que Carrier soit incarcéré au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines, où se trouve une unité psychiatrique.
Accueillant la suggestion du jury sur la possibilité de libération conditionnelle après 10 ans comme «un baume», la procureure de la défense doute cependant que Carrier soit rendu à cette étape dans deux ans. «Il est détenu depuis l'âge de 19 ans. Il n'a pas eu de médications, de soins», a affirmé Me Robert, qui n'a toutefois aucun doute sur la faible dangerosité de son client et qui n'envisage pas un autre appel dans ce dossier.
Le juge Francoeur, qui a tenu à souligner «le travail remarquable» du jury, s'est adressé au condamné en soulignant qu'il avait été représenté «de façon très professionnelle» par Me Robert et Me Roland Roy, qui ont été «excessivement utiles au tribunal». Me Loisel n'a pas eu droit aux mêmes éloges pour avoir fait grief au juge sur sa façon de procéder lors des directives au jury.
Rappelons que Toby Carrier avait plaidé un trouble mental de dissociation pour expliquer comment il avait attaqué sa famille avec un couteau de cuisine le soir du 31 mars 2009 au domicile familial, et demandait en conséquence à être reconnu non criminellement responsable de ses gestes. Il n'aura pas su convaincre le jury de sept femmes et cinq hommes.
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Déplacement expliqué
La fin du second procès de Toby Carrier permet de lever le voile sur les raisons qui ont entraîné le déplacement dans le district de Baie-Comeau du dossier, d'abord jugé dans le district de Rimouski, là où les crimes ont été commis.
Le traitement médiatique de l'affaire est une de ces raisons. Dans cette décision, frappée d'une ordonnance de non-publication jusqu'à la fin du procès, le juge Serge Francoeur s'était rangé derrière les arguments de la défense, qui plaidait notamment un traitement médiatique «sensationnaliste» et «d'une rare ampleur» du premier procès, qui s'est tenu en février 2013.
Le juge précisait toutefois que le sensationnalisme a principalement été entraîné par les faits de la cause. Mais «la difficulté majeure» qui a fait pencher pour le changement de district est l'émission Body Language, diffusée en septembre 2016 sur Canal D et qui reconstitue, avec des comédiens, l'interrogatoire policier de Carrier du 1er avril 2009.
Cette émission, fortement suivie au Bas-Saint-Laurent, a été diffusée au moment même où la cour s'apprêtait à fixer la date du second procès, ce qui «n'a pu qu'aggraver la situation au sens juridique», avait statué le magistrat. Fait plutôt rare, le juge Francoeur a tenu samedi à saluer en cour la qualité du travail effectué par les journalistes affectés à ce second procès.