Thao Neth

Thao Neth: une plainte privée contre 14 policiers

Trois-Rivières — Thao Neth, cet individu qui avait été impliqué dans une fusillade avec le Groupe tactique d’intervention de la Sûreté du Québec, vient de porter une plainte privée de nature criminelle contre 14 policiers et un témoin civil.

Dans cette requête déposée vendredi au service des greffes du palais de justice de Shawinigan, il porte une série d’accusations contre les membres du GTI ayant participé à l’opération anti-drogue sur ses terres de Saint-Mathieu-du-Parc mais également contre les policiers de la Ville de Québec ayant enquêté sur eux.


Il accuse notamment de tentative de meurtre le policier du GTI  qui a fait feu en sa direction. Il lui reproche aussi d’avoir déchargé une arme à feu, d’usage négligent d’une arme, d’avoir braqué une arme, de négligence criminelle lui ayant causé des lésions corporelles, de parjure. Or, il va plus loin dans sa requête en accusant les autres policiers du GTI des mêmes chefs par le biais de la complicité ou non. Des chefs de fabrication de preuves, d’entrave à la justice et de parjure ont aussi été portés par M. Neth contre les policiers de la Ville de Québec et de la Sûreté du Québec. Enfin, il accuse un témoin civil de parjure et de méfait public.


Appuyé par Mario Roy, enquêteur privé et propriétaire du Centre d’entraide familiale L’Unité, M. Neth soutient en effet avoir les preuves que la police de Québec ayant enquêté sur les agissements du GTI a bâclé son travail. Celle-ci avait conclu que ces policiers n’avaient rien à se reprocher. Aucune accusation criminelle n’avait d’ailleurs été portée contre eux.


Or, M. Neth prétend que le rapport d’enquête de la police de Québec a été rédigé avec l’intention d’entraver l’administration de la justice, de faciliter la perpétration d’une infraction et d’empêcher la découverte et le châtiment de personnes ayant commis une ou des infractions.
M. Roy affirme pour sa part que les preuves qu’il a recueillies contre les policiers du GTI (dont une bande vidéo d’une caméra de surveillance auparavant installée sur les lieux) démontrent qu’ils ont commis des gestes extrêmement graves, tout particulièrement celui qui a tiré sur M. Neth. «Il représente un danger pour toute la population. Lorsqu’il a fait feu, il ne savait même pas où se trouvaient ses collègues. Il a voulu faire son frais et jouer au caïd. En fait, il a carrément joué au paintball», a indiqué M. Roy.


Rappelons que le 13 septembre 2013, M. Neth avait été atteint à l’épaule par un projectile d’arme à feu tiré par le GTI dans le cadre d’une opération antidrogue menée dans le secteur.


En se rendant sur un terrain voisin, les policiers avaient croisé M. Neth qui se trouvait sur ses terres. Dans sa version, celui-ci avait affirmé n’avoir jamais vu les policiers dans le sentier avant qu’ils ne se cachent. Et lorsqu’il avait tiré, c’était dans le seul but de chasser une perdrix.
Mais les policiers avaient pour leur part affirmé que M. Neth avait tiré dans leur direction un premier coup de feu. Craignant pour sa vie, l’un des policiers avait alors tiré une dizaine de balles pour le neutraliser.


M. Neth avait été atteint à l’épaule. Il avait ensuite été embarqué dans un hélicoptère pour être emmené au CHRTR. Notons qu’aucune drogue n’avait été saisie sur ses terres.


Au terme d’un procès, il avait été déclaré coupable de deux des trois chefs d’accusation qui pesaient contre lui en lien avec l’utilisation d’une arme à feu. Le juge Guy Lambert avait conclu que la version présentée par M. Neth n’était pas crédible. Il avait plutôt retenu la thèse soulevée par la poursuite à l’effet que M. Neth était un homme qui refusait que des personnes circulent sur ses terres et qu’il n’hésitait pas à utiliser une arme pour faire peur aux intrus. En guise de sentence, le juge Guy Lambert lui avait fait bénéficier d’une sentence suspendue mais avec l’obligation de réaliser 240 heures de travaux communautaires en l’espace de 18 mois, de verser 1000 $ à des organismes et de se soumettre à une probation pendant deux ans. M. Neth sera également privé d’armes à feu pendant les dix prochaines années.

Immédiatement, M. Neth, qui a toujours prétendu avoir été victime d’une bavure policière, avait porté sa cause en appel. Il avait présenté une première requête pour permission d’en appeler du jugement mais celle-ci avait été rejetée par la Cour d’appel. Il était par la suite revenu à la charge avec une requête en révision de la décision rendue par la Cour d’appel. On lui avait finalement donné raison en accueillant sa requête.

Parallèlement à ces procédures judiciaires, M. Neth a aussi engagé l’enquêteur privé Mario Roy. Ce dernier a notamment passé 150 heures à étudier son dossier. Les deux hommes s’attendent maintenant à ce que la requête privée fasse l’objet d’une convocation devant le tribunal pour y être entendue.