Le bar spectacle Le Cluster, à Lévis, a été le théâtre d'une attaque sauvage à la mi-janvier. Les suspects ont été arrêtés cette semaine.

Tabassé pour une chanson

L’hommage au grunge des années 90 avait pris fin depuis une quarantaine de minutes au bar spectacle Le Cluster, à Lévis. Les clients pouvaient choisir eux-mêmes la musique sur un ordinateur, comme sur un jukebox.

Un homme dans le début de la quarantaine, qui était venu avec un ami, a attendu son tour et a sélectionné un titre qu’il aimait. Soudainement, une femme a interrompu la chanson et en a fait jouer une autre à la place. 

Interloqué, le quadragénaire a demandé à la femme pourquoi elle avait coupé sa chanson. Une chicane a commencé. «Ç’a vraiment dégénéré pour une niaiserie», raconte Daniel Deschênes, copropriétaire du bar, qui a été témoin de l’altercation.  

L’homme a été roué de coups de poing et de coups de pieds par des copains de la femme. Son ami a aussi été frappé. Une bouteille de bière a été lancée. 

M. Deschênes est intervenu pour les séparer. Mais la bataille avait déjà fait des blessés. L’homme tabassé pour une chanson a fait une commotion cérébrale et a été transporté en ambulance. Son ami a eu l’oreille déchirée.

À l’arrivée des policiers de Lévis, les suspects avaient pris la fuite. Des images de l’attaque, qui s’est déroulée dans la nuit du 13 au 14 janvier, ont toutefois été captées par les caméras de surveillance du bar.

Les suspects ont été retrouvés rapidement dans le secteur près du Cluster, situé sur le boulevard Guillaume-Couture, dans l’ancienne ville de Lauzon. Mais un certain délai s’est écoulé entre l’attaque et la réception de la plainte d’une des victimes, ce qui empêchait les policiers de procéder aux arrestations. 

Au terme de leur enquête, les policiers ont été mesure d’obtenir des mandats d’arrestation, mercredi. Les quatre présumés assaillants ont été arrêtés et ont comparu le jour même à la cour municipale de Lévis. William Fleury, 29 ans, Vanessa Prémont, 25 ans, William Couture, 20 ans, et Gabriel Dumont, 29 ans, font face notamment à des accusations de voies de fait.

«Violence gratuite»

Comme tous les policiers, ceux de Lévis ont l’habitude d’intervenir à la suite de bagarres dans les bars. Mais l’attaque qui s’est déroulée au Cluster sort du lot. «C’était vraiment de la violence gratuite», dit Maxime Pelletier, porte-parole de la police de Lévis. 

L’attaque a aussi eu des conséquences importantes dans la vie d’une des victimes. Après sa commotion cérébrale, le quadragénaire tabassé a été en arrêt de travail pendant près d’un mois. 

Même blessés, les victimes de bagarres dans les bars hésitent parfois à porter plainte, souligne M. Pelletier. Elles ne connaissent pas leurs assaillants et se disent qu’il n’y a rien à faire. «Par l’enquête, il y a toujours moyen de retracer» les suspects, souligne M. Pelletier. Que ce soit par le biais de témoins ou de caméras de surveillance, par exemple. 

Daniel Deschênes, le copropriétaire du Cluster, a été choqué par l’attaque. Il assure qu’il n’y avait jamais eu pareille violence dans son établissement, ce que confirme la police de Lévis. 

«On n’a pas accepté que ça se passe comme ça dans notre bar, dit M. Deschênes. On n’est pas un bar à problème, et on ne veut pas le devenir non plus», dit-il.

M. Deschênes compatit avec les victimes. Il aurait souhaité pouvoir intervenir avant que des coups soient portés. Mais l’escalade a été trop rapide, remarque-t-il. 

Jeune entrepreneur, Daniel Deschênes se préoccupe aussi d’une autre conséquence potentielle de l’attaque sur son bar : la perte de clients. Il craint que les victimes et leurs amis évitent maintenant son établissement. 

Le copropriétaire se souvient d’avoir discuté avec un des hommes attaqués durant la soirée. «Il me disait qu’il aimait vraiment l’endroit, il disait que c’était le fun qu’il y ait ça [un bar spectacle] à Lauzon. Finalement, il ne reviendra pas...»