Selon Sandra Wesley, directrice générale du groupe Stella, Lamie et Maimie, la Ville de Québec devrait s'inspirer de Vancouver, dont le service de police s'est doté en 2013 d'une politique d'intervention auprès des travailleuses du sexe axée sur leur protection.

Surveillance dans les hôtels: les travailleuses du sexe craignent pour leur sécurité

Deux groupes de défense des droits des travailleuses du sexe s'inquiètent des efforts menés par la police de Québec pour limiter leur présence dans les hôtels de la région et de leurs techniques pour intercepter de potentiels clients sur Internet.
Dans une lettre ouverte en réaction à un article paru dans Le Soleil au courant de la semaine dernière, le Projet L.U.N.E et le groupe Stella, Lamie de Maimie, deux organismes de soutien aux travailleuses du sexe, critiquent la répression dont les travailleuses sont victimes dans la capitale. 
Le Soleil rapportait que des membres de l'Association des hôteliers de la région de Québec (AHRQ) avaient suivi une formation offerte par le Service de police de Québec (SPVQ) pour déceler la prostitution dans leur établissement. Dans un appel à inclure la communauté des travailleuses du sexe dans «toute initiative relative à [leur] présence» dans les établissements hôteliers, les groupes L.U.N.E et Stella rappellent dans leur lettre l'importance de ne pas confondre le travail du sexe avec l'exploitation sexuelle. 
Isolement
«Il n'y a pas de problématique de traite humaine à Québec», a signalé d'entrée de jeu la directrice générale de Stella, Lamie et Maimie, Sandra Wesley. Elle juge que les hôtels sont des endroits plus sécuritaires, autant pour les travailleuses que leurs clients. L'augmentation des sites Internet pour solliciter le travail d'une travailleuse du sexe étant en augmentation, celles-ci se sentent plus isolées qu'auparavant. 
«Plusieurs raisons peuvent amener les travailleuses(eurs) du sexe à travailler dans des hôtels, l'une d'entre elles est certainement leur sentiment de sécurité dans ces établissements dont l'aménagement nous permet une certaine intimité, sans être trop isolées», écrivent les groupes de défense des droits dans leur lettre conjointe. Ils craignent que le message envoyé par l'AHRQ fasse en sorte que les travailleuses du sexe ne se sentent pas les bienvenues dans les hôtels, ce qui augmente les risques liés à la pratique de leur travail. 
Sandra Wesley déplore du même souffle les méthodes du SPVQ pour arrêter des clients sur Internet. Selon elle, des agents créent de fausses offres afin d'attirer les clients. Une mesure «répressive» qui aurait pour effet de mettre les travailleuses du sexe en danger. «Ça nous force à travailler plus. [...] C'est illégal pour nous de donner nos limites, de parler de prix», a expliqué Mme Wesley, qui défend qu'une telle façon de faire n'est pas la norme au pays. En conséquence, les clients deviendraient plus méfiants et agressifs, ce qui imposerait aux travailleuses d'assurer en plus la sécurité de ceux qui bénéficient de leur service. 
Le groupe plaide en définitive que l'application de la loi fédérale qui criminalise entre autres l'achat de services sexuels témoigne de «l'ignorance» des autorités envers la réalité des travailleuses du sexe. Elles militent en faveur de la décriminalisation de leur travail et pour qu'un changement de mentalité s'opère par rapport à la profession. À son avis, la Ville de Québec devrait suivre les pas de Vancouver, dont le service de police s'est doté en 2013 d'une politique d'intervention auprès des travailleuses du sexe axée sur leur protection.