Le militant altermondialiste Jaggi Singh est entré en cour municipale de Québec menottes aux poings et escorté par deux policiers. 

Singh libéré sous conditions

Accusé d'entrave au travail des policiers et de supposition de personne, le militant altermondialiste Jaggi Singh a été remis en liberté sous certaines conditions après une journée d'audiences mercredi en attendant la suite des procédures intentées contre lui.
Sensible aux arguments soulevés par Singh, qui s'est habilement défendu seul, le juge Patrice Simard n'a pas demandé que soient prises ses empreintes digitales pour des accusations déposées par voie sommaire. Il ne lui a pas non plus interdit de se trouver dans le district judiciaire de Québec comme le réclamait la Couronne, mais seulement dans le quadrilatère de l'Assemblée nationale.
Singh devra également demeurer à l'adresse où il réside présentement, garder la paix et avoir une bonne conduite et contracter un engagement de 250 $ sans dépôt. Il reviendra devant la cour le 6 septembre.
«Ce n'est pas loin des conditions que j'avais demandées», a brièvement commenté l'avocate de la Couronne, Me Marie-Hélène Guillemette, après la décision du juge. Singh, lui, était particulièrement heureux qu'on ne l'ait pas déclaré persona non grata dans la capitale.
«C'est important de ne pas laisser un maire dire qui peut être dans une ville et qui ne peut pas y être. J'ai des raisons personnelles et militantes de vouloir être à Québec», a-t-il déclaré en référence aux déclarations du maire Régis Labeaume qui affirmait que Singh n'était plus le bienvenue dans sa ville.
«On m'interdit d'aller sur la colline parlementaire, mais de toute façon, j'ai très peu d'amis au parlement. J'ai tout de même le droit d'aller à l'hôtel de ville», a-t-il déclaré sur un ton blagueur avant de se faire plus sérieux pour aborder la question de l'extrême droite.
«C'est très important de pouvoir manifester contre l'extrême droite partout au Québec et à Québec particulièrement, où les néonazis et les boneheads pensent qu'ils peuvent agir en toute impunité», a-t-il commenté. 
Une journée entière
Ce ne sont pas nécessairement les dossiers les plus graves qui sont les plus compliqués devant les tribunaux. La cause de Singh a duré toute la journéee et nécessité trois juges en plus de se dérouler dans les deux langues officielles!
Singh est d'abord entré en cour municipale de Québec menottes aux poings et escorté de deux policiers. Constatant que le juge Jacques Ouellet devait présider la séance, il a déclaré qu'il trouvait «un peu biaisé que le juge qui a signé son mandat d'arrestation préside également à son procès», ajoutant qu'il était un juge opposé aux manifestants.
Après avoir brièvement argumenté avec Singh, le juge Ouellet lui a demandé s'il était mal à l'aise que ce soit lui qui entende la cause. Devant la réponse affirmative du Montréalais de 46 ans, il s'est tout simplement récusé pour être remplacé par la juge Nathalie Duchesne.
Singh a déposé un plaidoyer de non-culpabilité aux deux accusations qui pesaient contre lui pour ensuite voir Me Guillemette s'opposer à sa remise en liberté.
Surpris
La décision a quelque peu surpris Singh. «Je trouve exagéré qu'on s'objecte à ma remise en liberté pour une accusation sommaire en cour municipale», a plaidé le militant. Me Guillemette a rétorqué que c'est parce qu'il «représentait un danger pour la sécurité publique» qu'elle s'objectait.
La séance a donc été suspendue pour permettre à Singh de contacter l'avocat qui le conseille, Me Enrico Théberge. À son retour devant le tribunal, Me Guillemette a expliqué qu'elle n'avait au départ pas l'intention de s'opposer à la remise en liberté de Singh, mais que de nouvelles informations l'avaient amenée à modifier sa position.
Elle a toutefois ajouté qu'elle permettrait que Singh soit libéré s'il s'engageait à respecter cinq conditions: un engagement personnel de 250 $ sans dépôt, garder la paix et avoir une bonne conduite et se présenter à la cour lorsque requis, informer la cour de son adresse et y demeurer, faire prendre ses empreintes digitales et ne pas se trouver dans le district judiciaire de Québec.
En anglais S.V.P.!
C'est là que Singh, qui s'était exprimé en français depuis le début des procédures même si ce n'est pas sa langue maternelle, a décidé de passer à l'anglais pour citer de la jurisprudence appuyant son opposition à certaines conditions.
Il a alors annoncé qu'il souhaitait maintenant que les procédures se déroulent en anglais. La juge Duchesne a cependant expliqué que c'était elle qui n'était pas suffisamment à l'aise dans la langue de Shakespeare.
Devant le refus de Singh d'accepter les conditions qui lui étaient imposées pour sa libération, la juge a donc ajourné et fixé la suite des procédures à 13h30 et c'est finalement le juge Simard qui a entendu la cause dans les deux langues officielles.
La Couronne a fait témoigner le sergent détective Stéphane Noël, qui a expliqué que trois autobus de Montréal étaient arrivés et que Singh en était sorti et avait donner des directives aux autres manifestants à l'aide d'un mégaphone, les enjoignant d'entourer l'édifice Marie-Guyart. Il a ajouté que plusieurs étaient masqués et vêtus de noir et qu'un manifestant avait mis le feu à une benne à ordures. 
Interrogé par Singh, le policier a avoué que la manifestation avait été déclarée illégale seulement après son arrestation et que Singh n'avait pas été violent «sauf en résistant à son arrestation» et que personne n'avait été blessé.
Le policier a aussi avoué que le rapport de police contenait des erreurs, notamment le fait que Singh, un indo-canadien, y ait été qualifié comme étant de race blanche à au moins deux reprises.
Une vingtaine de militants pour l'appuyer
Une vingtaine de militants ont manifesté devant la centrale de police du parc Victoria, où Jaggi Singh a comparu mercredi en cour municipale.
Une vingtaine de militants, dont quelques-uns qui avaient participé à la contre-manifestation antiraciste lors de laquelle Jaggi Singh a été arrêté, ont manifesté devant la centrale de police du parc Victoria, où le militant altermondialiste a comparu mercredi en cour municipale.
«Non au profilage racial, politique et social» proclamait la bannière que tenaient André-Philippe Doré et d'autres manifestants. «On s'oppose à ce que la police détienne quelqu'un parce qu'il a fait une joke en disant qu'il était [l'ancien joueur de hockey des Nordiques] Michel Goulet», a déclaré M. Doré au sujet de l'accusation de supposition de personne qui pèse contre Singh.
«C'est clairement du profilage politique parce que Jaggi a été la seule personne arrêtée durant la contre-manifestation», a poursuivi celui qui a pris part à la même manifestation devant l'édifice Marie-Guyart.
François Couillard, qui était là lui aussi de la contre-manifestation du 20 août, considère lui aussi que Jaggi Singh est traité injustement. «Le maire Régis Labeaume l'a presque désigné comme le chef des contre-manifestants. Il en a fait un bouc émissaire. C'est honteux, on a l'air d'un gros village.»
Deux militants montréalais avaient également fait le chemin jusqu'à Québec pour assister à la comparution de leur ami. «Ils ont ciblé une personne "racisée". Jaggi n'est pas notre chef, ils pensent avoir coupé la tête du mouvement, mais il n'y en a pas de tête du mouvement», a déclaré Fred Burrill, un militant montréalais pour le droit au logement.