Frédéric Terroux, un musicien de La Sarre, en Abitibi, a comparu mercredi au palais de justice de Québec, par le biais de son avocat, pour un cas de sextorsion d'une jeune fille de 12 ans.

Sextorsion: trahi par sa musique

Lyrsatus. Cette obscure pièce rock instrumental, diffusée sur le web par son créateur, aura permis aux policiers de Québec d'élucider un cas de sextorsion d'une jeune fille de 12 ans.
En octobre dernier, le réseau social Facebook dénonce aux autorités deux utilisateurs qui auraient échangé des photos de pornographie juvénile. Selon l'affidavit rédigé par la police afin d'obtenir un mandat de perquisition, on peut y voir deux filles de huit et 12 ans et un garçon de six ans habillés ou nus, dans des positions sexuellement explicites. Certaines images montrent des scènes de masturbation et de fellation.
L'unité de l'exploitation sexuelle des mineurs de la police de Québec se charge de l'enquête, car l'adresse IP d'un des utilisateurs de Facebook est sur son territoire.
Un enquêteur remarque que la photo de profil de l'une des utilisatrices, une jeune fille de 12 ans, ressemble aux photos de pornographie juvénile qui sont l'objet de la dénonciation.
La mère de la jeune fille est convoquée au poste de police et identifie son enfant sur les photos.
La jeune fille viendra la rejoindre et raconte avoir rencontré sur Facebook une certaine «Érica Gingras», âgée de 24 ans. Cette fille l'aurait mise au défi de lui envoyer des photos d'elle nue. Le jeu a vite tourné à la menace et c'est sous la contrainte, allègue-t-elle, que la jeune fille a continué pendant une dizaine de jours, à envoyer des photos à «Érica»
Les deux adresses IP associées au profil Facebook d'Érica Gingras se trouvent à La Sarre en Abitibi.
L'une est reliée à la coopérative agricole locale, l'autre à un parc public.
En analysant les heures de branchement à Facebook et les horaires de travail, les policiers ciblent six employés de la coopérative comme suspects potentiels.
Les policiers apprennent aussi que durant les fins de semaine du 20 août et du 1er septembre, «Érica Gingras» a été en communication sur Facebook avec quatre autres adolescents âgés de 11 à 14 ans.
D'autres recoupages d'horaire réduisent à trois le nombre d'employés de la coopérative agricole qui pourraient être le suspect recherché.
Titre de chanson
Un spécialiste en extraction de données décide de faire une recherche sur Google en utilisant le mot «lyrsatus», qui se trouve dans le courriel relié au Facebook de «Érica Gingras».
C'est à ce moment qu'apparaît le compte Snapchat d'un dénommé «Fred», puis des chansons composées par Frédéric Terroux, musicien de La Sarre. Parmi les titres de l'album de rock instrumental enregistré par Terroux, figure une chanson nommée «Lyrsatus».
Les enquêteurs allèguent que Frédéric Terroux, 28 ans, se trouvait parmi les trois employés présents à la coop lors des branchements litigieux.
Les policiers ont saisi la tablette de Terroux et ont procédé à son arrestation. L'homme a comparu à La Sarre à la fin février puis mercredi au palais de justice de Québec, par le biais de son avocat.
Terroux, dénué d'antécédent judiciaire, a été remis en liberté après s'être engagé pour une somme de 2500$.