Saga familiale: une centenaire meurt deux jours après avoir gagné sa cause

Une centenaire de Québec qui avait été exploitée financièrement par l'un de ses fils est décédée récemment, deux jours après avoir appris qu'un juge lui avait finalement donné raison dans le dernier chapitre d'une saga judiciaire qui l'opposait à son fils.

En février, Marie-Ange Drouin Vallières avait vu le juge François Huot rejeter la poursuite intentée par son fils, l'homme d'affaires beauceron Marc Vallières, et condamner ce dernier à lui verser, ainsi qu'à trois de ses frères et soeurs, 98 000 $ en dommages et remboursement d'honoraires. Le juge avait alors déclaré que la pauvre femme vivait «sous le joug de son fils Marc qui n'hésitait aucunement à recourir aux menaces, injures et autres formes d'abus verbal pour obtenir de sa mère divers avantages».

Le 31 août, c'était au tour du juge Jean-Roch Landry de rejeter une autre poursuite de Marc Vallières, considérée cette fois comme abusive. La poursuite concernait la propriété d'une obligation au porteur de 100 000 $ que le défunt mari de Mme Drouin Vallières avait confiée à Marc pour qu'il la garde en sûreté dans un coffre-fort et l'existence ou non d'une subrogation légale dans les droits de la Banque Nationale du Canada suivant un prêt consenti à la soeur de Marc Vallières.

Marc Vallières prétendait maintenant être le propriétaire de l'obligation, émise en 1988 à la demande de son père Lorenzo Vallières et dont Mme Drouin Vallières avait hérité lors de son décès en 1997. 
Le procès a cependant démontré que Marc Vallières avait déjà reconnu à plusieurs reprises ne pas en être le propriétaire. En plus d'établir qu'il n'était pas le propriétaire de l'obligation, mais seulement le détenteur, le juge a estimé que les procédures intentées par Marc Vallières étaient abusives, donc l'a condamné à débourser les honoraires professionnels et déboursés extrajudiciaires de 71 043,34 $ liés à cette cause.
Sans fondement

Le juge Landry a également qualifié Marc Vallières «d'homme d'affaires peu scrupuleux» pour qui «la fin justifie les moyens» dans sa décision. «Dans la présente affaire, la thèse défendue par Marc Vallières n'était pas simplement "quelque peu fragile", elle était complètement dépourvue de fondement juridique et procédait manifestement de la plus entière mauvaise foi. En entamant et en poursuivant un débat judiciaire qui n'avait manifestement aucune raison d'être, Marc Vallières a engagé sa responsabilité à l'égard des honoraires extrajudiciaires générés par son abus d'ester en justice», écrit le juge Landry, citant les paroles du juge François Huot dans un jugement précédent de cette saga familiale.

Mme Drouin Vallières, qui était représentée par Me Benoît Mailloux, a été mise au courant le 31 août de la décision rendue par le juge Landry dans cette cause entendue en octobre 2016. Elle est décédée le samedi 2 septembre, à l'hôpital du Saint-Sacrement, à l'âge de 100 ans et 11 mois.


NDLR: cet article a été légèrement modifié par rapport à sa version originale pour préciser avec plus de détails les motifs de la poursuite au 3e paragraphe, ainsi que la source des propos du juge Landry au 6e paragraphe