Le camp d'exploration Matoush, projet de Ressources Strateco dans les monts Otish, au nord de Chibougamau.

Ressources Strateco: l'ancienne vedette du Plan Nord perd sa cause

Ressources Strateco, entreprise minière ancienne vedette du Plan Nord avec un projet de mine d'uranium, perd sa cause face au gouvernement du Québec.
L'entreprise, fondée par le géologue Guy Hébert, réclamait 200 millions $ pour l'avortement de son projet de mine d'uranium Matoush.
En mai 2005, Ressources Strateco devient propriétaire de claims miniers dans la région des Monts Otish, dans le Nord du Québec, à 275 km au nord-est de Chibougamau. Trois ans plus tard, au moment où le prix de l'uranium atteint un sommet, elle entame le projet Matoush.
Les terrains où s'installe le projet sont touchés par la Convention de la Baie James et du Nord québécois où les Cris ont leurs territoires de trappe, chasse et pêche.
Pour le gouvernement, l'acceptabilité sociale du projet de mine d'uranium était une condition essentielle.
Après quelques années de discussion, les Cris opposent un refus au projet d'exploration d'uranium de Strateco.
En mars 2013, le ministre de l'Environnement Yves-François Blanchet annonce un moratoire sur tous les projets d'exploration et d'exploitation d'uranium. Le projet de Strateco est donc mis sur la glace.
L'action de Strateco chute aussitôt à la Bourse de Toronto et ses actifs subissent une dépréciation de l'ordre de 87 millions $. L'entreprise envoie une mise en demeure au ministre de l'Environnement.
Elle reproche au gouvernement de l'avoir encouragée à investir, de l'avoir associée au Plan Nord puis d'avoir fait volte-face en lui refusant son permis.
Aux yeux de Strateco, le refus du permis équivaut à une expropriation déguisée.
La décision du ministre
Dans un costaud jugement de 115 pages, le juge Denis Jacques de la Cour supérieure rappelle que les décisions d'un ministre bénéficient d'une immunité relative importante. Le tribunal n'a donc pas à décider à la place du ministre.
Pour obtenir l'annulation d'une décision d'un ministre, il faut en démontrer le caractère déraisonnable ainsi que la mauvaise foi du décideur, note le juge Jacques. 
La Cour supérieure ne voit rien de tel dans la saga de Strateco. «Non seulement le décideur peut considérer l'acceptabilité sociale d'un projet, mais il le doit», écrit le juge Denis Jacques.
L'avis de refus du ministre était motivé, constate le juge, et la décision n'a pas été prise à la légère.
La communauté crie a toujours voulu entendre des informations sur les effets à long terme de l'exploitation d'une mine d'uranium. Strateco n'a jamais répondu à cette demande, note la Cour.
La possibilité de ne pas obtenir les autorisations requises était un risque connu dès le départ. Les dirigeants et investisseurs de Strateco «étaient conscients des faibles chances, à l'instar de toute mine, que le projet démarré aboutisse à une mine en production», écrit le juge Jacques en refusant toute compensation.