Le juge Hubert Couture de la Cour du Québec a accepté la suggestion de peine des parties; quatre années de pénitencier et une inscription pour 20 ans au registre des délinquants sexuels.

Quatre ans de pénitencier pour une décennie d'attouchements sexuels sur sa belle-fille

C’était jour de châtiment pour Roch Lalancette, 70 ans, coupable d’attouchements sexuels sur sa belle-fille durant presque une décennie. Et c’était jour de libération pour Lyne Chevrette.

La menue dame de 53 ans, aux longs cheveux blonds, était venue entendre la peine vendredi au palais de justice, entourée de ses proches.

Le juge Hubert Couture de la Cour du Québec a accepté la suggestion de peine des parties; quatre années de pénitencier et une inscription pour 20 ans au registre des délinquants sexuels.

La timide Lyne était surtout venue pour regarder son agresseur dans les yeux. Et lui lire une lettre, écrite d’un seul jet, sur du beau papier. «Je t’ai craint, j’étais ta possession.» La feuille tremble entre les mains fines de Lyne. «Tu m’as volé la moitié de ma vie; aujourd’hui, je reprends le contrôle.»

Petite fille sage et renfermée, Lyne Chevrette a vu ses parents se séparer lorsqu’elle avait sept ans. Cette même année, sa mère a refait sa vie avec Roch Lalancette, un homme gentil et attentionné.

Lyne Chevrette aimait se faire bercer par Lalancette en regardant la télévision. Jusqu’à ce qu’il se mette à lui caresser les cuisses, puis les parties génitales. Avec les mois et les années, les attouchements et les gestes de masturbation sont devenus plus intrusifs et se sont déplacés dans la chambre des parents ou dans le sous-sol d’un club social.

Lalancette créait lui-même des occasions lorsqu’il allait reconduire sa femme chez la coiffeuse ou donnait de l’argent aux grands frères de Lyne pour qu’ils aillent au cinéma.

La petite fille ne parle pas. Lalancette la prévient qu’elle va briser sa famille si elle le dénonce.

Lorsque Lyne atteint l’âge de 16 ans, Lalancette veut une relation sexuelle complète avec elle. Il avait pris soin de mettre une serviette sur le lit et d’utiliser un condom, se rappelle-t-elle.

Devant la cour, Lyne dira que, ce jour-là, elle a «crié en silence». Puis, elle a dit à Roch Lalancette qu’elle ne voulait plus. 

L’attitude du beau-père change alors du tout au tout. Il devient froid et méprisant. «Je n’étais plus la petite fille gentille», témoigne Lyne.

Toute sa vie, Lyne va cacher les agressions dont elle a été victime. Lorsque Lalancette et sa mère se séparent dans les années 1980, elle va même accepter d’héberger son ancien beau-père durant deux mois. Dire non aurait demandé trop d’explications douloureuses, dit-elle.

Honte ressentie

Ce n’est qu’en 2015, lorsque son conjoint, aujourd’hui décédé, lui parle d’agressions subies dans le passé qu’elle décide finalement de s’ouvrir et de porter plainte.

Elle se rappelle encore de la honte ressentie. «Tu n’as pas l’impression d’être la victime, tu as l’impression d’être une coupable, explique Lyne. Parce qu’avec ma tête d’adulte, je me disais “pourquoi tu n’as pas dit non”.»

Lyne a des enfants, un travail d’adjointe administrative. Mais, dit-elle, les abus sexuels ont réussi à miner sa vie de couple, même si elle tentait de les enfouir profondément. «Ça m’a étouffé pendant tellement d’années, témoigne-t-elle. Là, je vais respirer.»

Lyne Chevrette a demandé et obtenu de la cour la levée de l’ordonnance de non-publication sur son identité.