Quatre ans de médication... au lieu de 21 jours

Une jeune femme de Sept-Îles soutient avoir perdu un oeil parce qu’elle a pris pendant quatre ans un médicament qu’elle aurait dû cesser après 21 jours. Elle poursuit ses médecins et pharmaciens pour 460 000 $.

Annabelle Poirier, aujourd’hui âgée de 22 ans, consulte une première fois l’ophtalmologiste Dre Pascale Turbide en mai 2011. Depuis deux ou trois jours, la jeune femme se plaint de rougeur, de douleur à l’oeil droit et de sensibilité à la lumière.

Un mois plus tard, après quelques suivis, Dre Turbide prescrit l’application de deux gouttes de Viroptic aux deux heures pendant deux semaines pour traiter une kératite détériorée.

La jeune femme allègue, dans sa poursuite déposée cette semaine en Cour supérieure, que la Dre Turbide a renouvelé la prescription de Viroptic à plusieurs reprises, «lors de rendez-vous expéditifs», soutient la patiente. Annabelle Poirier ajoute que la médecin n’a pas mis de limite de temps à ses prescriptions et lui a donné l’instruction de prendre le médicament en continu.

La patiente allègue que l’ophtalmologiste lui a prescrit régulièrement du Viroptic jusqu’en juin 2015 et lui aurait recommandé d’en prendre au besoin, selon les symptômes. Des médecins de famille et des optométristes lui auraient aussi fait la même prescription.

Selon Annabelle Poirier, la prescription a été maintenue parce qu’elle se plaignait toujours de douleur nocturne, d’inconfort important, de picotement et de sensation de pression. Annabelle Poirier dit qu’à l’époque, elle reliait ses problèmes à une kératite persistante.

En juin 2015, la jeune femme consulte un ophtalmologiste au CHUL. Selon la poursuite, l’ophtalmologiste est alors «renversé» de constater qu’elle a reçu du Viroptic durant plusieurs années. Il l’aurait informé que ce produit ne devrait pas être utilisé pour une période de plus de 21 jours et l’enjoint à cesser d’en prendre.

En juillet 2015, Annabelle Poirier doit subir une implantation de lentille intraoculaire et une greffe de cornée six mois plus tard. 

En début de 2017, la jeune femme affirme avoir définitivement perdu son oeil droit. Elle doit maintenant porter une prothèse.

La patiente a été incapable de travailler durant plusieurs mois. Elle souffre notamment de céphalées importantes et vit dans la crainte de perdre son oeil gauche et de devenir aveugle.

Dans sa poursuite, Annabelle Poirier soutient que la Dre Pascale Turbide a commis une faute en prescrivant le Viroptic de façon continue. Les trois autres médecins poursuivis ont eux «fautivement émis de nouvelles prescriptions», allègue la patiente, «en se fiant aveuglément à son plan de traitement fautif».

Annabelle Poirier poursuit également une série de pharmaciens qui, au fil des années, ont exécuté les prescriptions. «Ils auraient dû communiquer avec les prescripteurs pour les alerter», soutient-on dans la poursuite.

La jeune femme réclame au total 460 000$ à trois médecins, une optométriste et six pharmaciens. Son père Marc Poirier, qui soutient sa fille depuis le début des traitements, est codemandeur et réclame 65 000 $.