Le chalet ainsi que les deux voitures du couple sont emprisonnés par les eaux de la rivière Yamaska.

Quand le malheur frappe trois fois

Trois-Rivières — Se remettre d’une catastrophe, comme un incendie ou une inondation, demande une immense dose de courage. Mais comment survivre lorsque le destin frappe trois fois en moins d’une année? C’est ce que se demande depuis samedi une famille de Saint-Zéphirin-de-Courval, qui nage en plein cauchemar.

La rivière Yamaska aura été source de malheur pour Sylvain Desgranges et Claudine Desrochers. Plus tôt au printemps, la crue des eaux avait envahi le sous-sol de leur chalet situé à Yamaska en Montérégie, causant des dommages.

Mais le plus grand drame de leur vie, il s’était produit quelques semaines plus tôt, dans la nuit du 3 mars 2017. La résidence familiale, qui était aussi le siège social et l’entrepôt de l’entreprise d’alimentation dont ils sont propriétaires, a été rasée par un incendie qui n’a rien laissé derrière.

Afin de garder l’entreprise à flot, M. Desgranges a procédé à la location d’un local à Saint-Cyrille-de-Wendover, et pour se loger, le chalet de Yamaska est soudainement devenu une résidence principale. C’était jusqu’à samedi dernier, quant à leur réveil, ils ont constaté que la rivière était sortie de son lit et entourait le bâtiment, ainsi que leur voiture. Comme la centaine de résidents du secteur, il leur était impossible de quitter l’endroit, devenu une île. Ils ont enfin été évacués dimanche, quand le propriétaire de l’entreprise RCA Électrique a utilisé son hélicoptère pour venir secourir les sinistrés.

«J’avais dit que jamais je n’allais embarquer là-dedans. Mais cette fois, je n’ai même pas hésité. On doit se trouver une place pour vivre. Pour moi, c’est fini le chalet! Du moins, pas avant cet été», lance Mme Desrochers, qui avoue avoir été marquée par la scène qui se présentait à elle, samedi matin.

«Quand tu pars en hélicoptère, tu ne peux pas apporter grand-chose à cause du poids. Nous n’avons que quelques vêtements. Ils ont été assez gentils pour nous laisser amener notre chien. Mais maintenant, on se retrouve avec peu et sans voiture. Ça nous fait revivre ce qu’on a vécu dans l’incendie, où nous avions tout perdu», ajoute M. Desgranges.

Sylvain Desgranges

Ainsi, depuis samedi, c’est dans la maison d’un de leurs deux fils que réside le couple, en attendant de se dénicher un appartement. Comme un malheur ne vient jamais seul, la situation catastrophique a empêché celle qui allait devenir grand-mère pour une cinquième fois d’assister à l’accouchement de sa fille lors de la fin de semaine. Une situation qui aurait pu être évitée s’ils avaient pu se bâtir une nouvelle demeure. Mais depuis près de 11 mois, le couple continue de patienter.

«On est en attente de règlement pour l’assurance. Je trouve que ce n’est pas très rapide», peste l’homme d’affaires, qui a aussi appris que les dommages subis par une voiture lors d’une inondation ne sont pas assurables.

L’épreuve d’une vie

Depuis samedi, les journées sont longues et les nuits courtes. On constate la fatigue sur le visage du couple, sans oublier les maux de tête.

«Toutes les nuits, je me réveille pendant une heure de temps. Je ne cesse de penser aux événements et ça ramène des souvenirs de l’incendie. Il ne faut pas que je tombe malade. Je dois rester fort. C’est la plus grosse épreuve de ma vie. Présentement, j’ai trois chemises et deux paires de pantalons. Ma femme n’a qu’une paire de bottes et tantôt, notre chien les a mangées. Dans une situation normale, on rirait. Mais pas maintenant», soupire-t-il.

Face à une telle crise, il n’est pas toujours facile de demander de l’aide, particulièrement lorsqu’on est un homme d’affaires. Et quand il s’agit d’une troisième catastrophe en peu de temps, on craint de déranger.

«De l’aide, tu n’en demandes pas. Tu es mal à l’aise. J’ai toujours donné, jamais demandé. Quand je suis sorti de l’hôpital après l’incendie, je n’avais même plus de brosse à dents. Plus rien. On a eu l’aide de nos amis et on s’est découvert de nouveaux amis. Mais on se rend aussi compte qu’on est bien, chez soi», se remémore M. Desroches.