Me Maxime Roy

Procès pour viol: un avocat demande la fin du calvaire de l'accusé

En ouverture des plaidoiries au procès de trois jeunes hommes de Québec pour le viol collectif d'une adolescente de 15 ans, l'avocat d'un des accusés, Me Maxime Roy, a demandé vendredi aux jurés de mettre fin au cauchemar... de son client.
«Je ne veux pas finir en parlant en mal de la plaignante, je veux parler en bien de Jean-Christophe. Dans son témoignage, il avait dit que c'est à la fin de novembre 2014 que son cauchemar avait commencé. C'est le temps de mettre fin à ce cauchemar en le retournant à sa famille.»
Demandant au jury d'acquitter son client des quatre chefs d'accusation, Me Roy a ainsi conclu sa plaidoirie qui avait duré tout l'avant-midi. Sa finale a ramené les larmes aux yeux de son client Jean-Christophe Martin, 23 ans, clairement le plus émotif des trois accusés depuis le début des procédures.
Plus tôt, Me Roy avait insisté pour dire que son client avait pris les précautions nécessaires afin de s'assurer que la plaignante avait l'âge de consentement. Son collègue Me Félix-Antoine Doyon, avocat du coaccusé Dominic Vézina, abondait dans le même sens.
«Elle avait 15 ans et huit mois, elle avait l'air plus vieille et a dit avoir 18 ans. On ne peut quand même pas demander à mon client de lui demander une carte du gouvernement comme à l'aéroport ou d'appeler ses parents pour savoir si c'est vrai au moment où elle s'apprête à lui faire une fellation! C'est un peu un «tue-l'amour» !», a illustré Me Roy.
Me Roy et Me Doyon, dont c'était le premier procès devant jury, ont aussi mis en doute la crédibilité de la plaignante, notamment parce qu'elle a d'abord prétendu ne pas avoir pris de drogue lors de la soirée où ont eu lieu les événements alors qu'elle a plus tard avoué avoir consommé des amphétamines (speeds) et de l'ecstasy.
En même temps, les deux avocats de la défense ont insisté pour dire que malgré sa consommation de drogue, le jugement de la jeune femme n'était pas affecté au point que son consentement en soit vicié. 
Au sujet de la drogue, Me Doyon a aussi affirmé que rien ne corroborait la version de la plaignante à l'effet qu'elle aurait été droguée au GHB (aussi appelé «drogue du viol»). «Je vous soumets que c'est complètement inventé. Dans les circonstances, c'est tout à fait humain de vouloir inventer quelque chose de même. Est-ce qu'elle se sentait coupable?», s'est demandé l'avocat de Vézina.
Il a aussi qualifié de «préjugé» les allégations à l'effet qu'une jeune fille de 15 ans qui a des relations sexuelles avec plusieurs garçons en peu de temps devait «nécessairement être trop intoxiquée». «C'est fondé sur un préjugé sexiste. Est-ce qu'on se demanderait la même chose si c'était un garçon de 15 ans et huit mois qui avait eu des relations avec trois femmes de 21 ans?», a-t-il demandé.
Ainsi, Me Doyon a aussi appelé le jury à acquitter son client de toutes les accusations, estimant qu'il avait réussi à soulever un doute raisonnable quant à sa culpabilité.
Témoins directs
Me Roy avait aussi insisté sur le fait que plusieurs personnes avaient été témoins des ébats entre Martin et la plaignante et que personne n'avait cru bon d'intervenir, car ils estimaient être en présence d'une relation consensuelle. «Pour moi, c'est une première en 13 ans de carrière qu'il y ait des témoins directs des gestes sexuels entre un plaignant et un accusé», a noté Me Roy.
Il a aussi mentionné un quatrième individu, au départ considéré comme suspect, mais jamais mis en accusation, dont la plaignante avait repoussé les avances alors qu'elle avait des relations sexuelles avec son client. «C'était clair, M. Martin avait en même temps sous ses yeux un exemple de refus et de consentement. Il était convaincu du consentement de la plaignante.»
Me Roy a même poussé ce raisonnement plus loin en affirmant qu'il ne comprenait pas pourquoi, aujourd'hui, «celui à qui la plaignante a dit non est libre alors que celui qui s'est fait dire oui est détenu». La cause se poursuivra lundi alors que Me Yves Savard, l'avocat du troisième accusé Pierre-François Blondeau, et le procureur de la Couronne, Me Éric Thériault, présenteront leurs plaidoiries.