Pierre-François Blondeau à sa sortie de la salle de cour, lundi.

Procès pour viol collectif: un rave «bordélique», décrit une policière

Des adolescentes fortement intoxiquées, le personnel d'un hôpital qui ne comprend pas pourquoi l'urgence est engorgée par des jeunes dans un état second. Selon une policière, «c'était le bordel» lors de la soirée «rave» où une jeune fille de Lévis dit avoir été violée par trois hommes de Québec en octobre 2014.
«Je n'avais jamais vu ça en 26 ans de carrière», a lancé d'entrée de jeu la policière Josée Hébert au procès du chanteur Pierre-François Blondeau, 24 ans, du duo Midaz et Ellie, de Jean-Christophe Martin et de Dominic Vézina, tous deux âgés de 23 ans, lundi à Victoriaville.
Le trio avait été embauché pour animer la soirée «rave» Moonlight 1.0 pour les 15-25 ans au Complexe Sacré-Coeur de Victoriaville, où s'était rendue en autobus la présumée victime alors âgée de 15 ans.
La policière avait été appelée sur place en raison des plaintes de citoyens. «La soirée débutait à 21h, mais quand nous sommes arrivés à 21h28, ça avait déjà dégénéré. La moyenne d'âge était autour de 15 à 18 ans et il y avait beaucoup de jeunes filles fortement intoxiquées, presque inconscientes», raconte la policière.
Elle se souvient aussi d'avoir vu un homme en train de se préparer un cocktail installé sur le toit de sa voiture et une adolescente tellement intoxiquée qu'elle est montée elle-même dans l'ambulance qui attendait une autre personne, croyant qu'il s'agissait de l'autobus.
«Leur maquillage du début de la soirée était rendu un pouce en-dessous des yeux, elles avaient les cheveux dans la face. C'était clair qu'elles étaient en état d'ivresse avancé... ou autre chose. Il n'y avait pas tant de monde que ça dans la salle principale, mais il y en avait beaucoup dans les couloirs et les toilettes», poursuit-elle.
L'établissement a d'ailleurs vu son permis d'alcool être révoqué durant 21 jours en janvier en raison de ces événements et d'autres survenus en décembre 2014.
«On disait aux jeunes filles intoxiquées de s'asseoir sur la pelouse et de prendre de l'air, mais celles qui l'étaient vraiment beaucoup, on les envoyait à l'hôpital», explique l'agente Hébert, indiquant qu'elle et son collègue avaient dit chacun à trois jeunes filles d'aller faire un tour à l'hôpital.
L'achalandage à l'Hôtel-Dieu Arthabaska aurait été tel que le personnel était débordé. «Il y en a deux qui sont allées à l'hôpital en ambulance, mais beaucoup y sont allées en marchant. Tellement que le personnel de l'urgence a téléphoné au poste de police pour savoir ce qui se passait», a raconté la policière.
Victime troublée
Le procureur de la Couronne, Me Éric Thériault, a aussi fait témoigner Jean-Philippe Dorval, assistant gérant de la pharmacie où elle travaillait à l'époque.
Celui-ci est venu raconter au juge François Huot que la jeune fille n'était pas rentrée au travail le lendemain du «rave», prétextant une gastro-entérite. Elle s'était toutefois présentée, le surlendemain, troublée et pleurant régulièrement.
«Je lui ai demandé ce qui s'était passé. Au début, elle ne disait rien, mais après, elle a dit qu'elle pensait qu'elle s'était fait violer. Elle disait qu'elle ne se souvenait de rien de ce qui s'était passé», a expliqué l'homme, ajoutant que l'adolescente lui avait aussi montré trois bleus qu'elle avait à l'épaule et à la clavicule.
En contre-interrogatoire, l'un des avocats des accusés a aussi fait dire à M. Dorval que durant la conversation, la jeune fille lui aurait déclaré «qu'elle était portée sur le sexe» durant cette soiréee.
Dominic Vézina
Jean-Christophe Martin
Serviette maculée de sang
Quant à Line Caouette, propriétaire de l'Auberge Hélène, où Jean-Christophe Martin se serait rendu plus tard avec la victime et d'autres personnes, elle a raconté l'état lamentable dans lequel elle a trouvé la chambre le lendemain matin.
«Il y avait des bas souillés, de la bière renversée partout, une tablette arrachée, l'évier avait été arrachée d'après le meuble et la tuyauterie aussi. Et il y avait une serviette pleine de sang dans la salle de bain et des traces de sang sur le bain», a raconté la dame, avouant qu'elle était «enragée noir» de voir la chambre laissée dans un tel état et qu'elle avait finalement appelé la police.
La journée de mardi sera entièrement consacrée au témoignage de la plaignante, qui sera également contre-interrogée par les avocats de la défense. La poursuite devrait compléter sa preuve jeudi ou vendredi et la défense entamera ensuite la sienne.