Plusieurs des symptômes décrits par la jeune fille alors âgée de 15 ans, comme les pertes de mémoire et la désinhibition, s'apparentent à ceux de la «drogue du viol».

Procès pour viol collectif: ecstasy ou GHB?

La victime présumée d'un viol collectif a-t-elle été dupée par la «drogue du viol» déposée dans une bière offerte par l'un des trois accusés? Ou alors les pertes de mémoire et la désinhibition de l'adolescente de 15 ans ont-elles été causées par une pilule d'ecstasy prise volontairement?
C'est le scénario de la bataille qui se dessine au procès de trois jeunes hommes de Québec, Dominic Vézina et le DJ Jean-Christophe Martin, alias JCook, tous deux âgés de 23 ans, et le chanteur Pierre-François Blondeau, alias Midaz du duo Midaz Ellie, 24 ans. Ils sont accusés dans une affaire de viol collectif survenu lors d'une soirée «rave» à Victoriaville en octobre 2014.
La plaignante, maintenant âgée de 18 ans, témoignait mardi et revenait avec beaucoup d'émotions sur les événements.
La jeune femme de Saint-Rédempteur a répondu courageusement aux questions du procureur de la Couronne, Me Éric Thériault, et à celles de l'avocat de Martin, Me Maxim Roy, qui l'a contre interrogée.
Quelque chose dans la bière
«Je suis convaincue que j'ai été intoxiquée...», a-t-elle déclaré, ajoutant plus tard qu'elle avait eu la perception que quelqu'un avait mis quelque chose dans une bière pleine, mais déjà ouverte, qui lui avait été offerte par Vézina.
«C'est à partir de là que la soirée est devenue floue», a déclaré la plaignante. «Il m'a dit de le suivre... Je l'ai suivi... Il m'a amené dans une petite pièce dont il disait que c'était sa loge. On a commencé à se déshabiller et on a eu un rapport sexuel. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi je faisais ça», a-t-elle raconté, ajoutant que le jeune homme ne portait pas de condom.
L'adolescente dit n'avoir bu que la moitié de la bière, mais avoir ressenti rapidement des effets qui lui étaient jusque là inconnus. «J'étais comme réveillée... mais pas réveillée. Je ne me contrôlais pas. J'avais comme un désir sexuel... il m'en manque des bouts. Je n'avais jamais eu cet effet-là avant», a expliqué la jeune fille, qui avait pourtant déjà consommé de l'alcool. «J'avais envie de faire des choses, mais ça ne venait pas de moi.»
Durant cette première relation sexuelle, Blondeau et Martin seraient entrés dans la loge et auraient eu eux aussi des relations sexuelles avec l'adolescente, qui leur aurait ensuite dit qu'elle avait 15 ans.
La jeune fille serait ensuite retournée danser avant de revoir le trio à la fin de la soirée. Elle serait alors montée dans le véhicule de Martin en compagnie de Blondeau et Vézina. Elle aurait de nouveau eu des relations sexuelles avec Vézina à l'intérieur alors que les deux autres touchaient ses seins et ses parties génitales.
Le tout se serait poursuivi dans une chambre de l'auberge Hélène, en présence de trois autres personnes. Elle aurait fait des fellations aux trois hommes en plus d'avoir des relations sexuelles vaginales et anales, toujours non protégées, avec eux.
Affirmant que les gestes n'avaient pas été posés avec violence, la jeune femme a néanmoins indiqué qu'elle avait des bleus sur tout le corps le lendemain. «Mes seins étaient couverts de bleus. Je n'avais jamais vu ça... J'en avais sur les épaules, sur la tête, j'avais des sucettes et des bleus dans le cou. J'en avais sur les jambes, sur les cuisses et sur les fesses où j'avais aussi des marques de dents. Et j'avais tellement mal aux fesses... Je sentais que j'étais déchirée... j'avais de la difficulté à m'asseoir.»
Ecstasy
Le hic, c'est que la jeune femme avait au départ oublié de dire aux policiers qu'elle avait aussi consommé plus tôt dans la soirée une pilule de méthylènedioxy-méthamphétamine, une drogue mieux connue sous le nom d'ecstasy et qui cause aussi la désinhibition en plus d'augmenter les sensations de désir sexuel.
En contre-interrogatoire, Me Roy a ouvert son jeu en la questionnant à ce sujet et à propos d'une autre occasion où elle a consommé de l'ecstasy quelques semaines plus tard.
Il a aussi fait dire à la plaignante qu'elle avait repoussé un photographe qui avait tenté d'avoir des relations sexuelles avec elle à l'hôtel en même temps que Martin, mais qu'elle avait tout de même continué d'avoir des rapports sexuels avec Martin. Elle a aussi affirmé qu'elle avait repoussé les avances d'un des trois accusés qui lui demandait de se coucher à côté de lui le lendemain matin et que ce dernier n'avait pas insisté.
Les avocats de Blondeau et Vézina contre-interrogeront à leur tour la plaignante mercredi. La Couronne fera ensuite entendre son dernier témoin et la défense devrait par la suite débuter sa preuve.