Pierre-François Blondeau

Procès pour viol collectif: divergences autour de l'âge de la plaignante

Ils jurent tous qu'ils croyaient que la plaignante avait 18 ans quand ils ont eu des relations sexuelles avec elle. Le discours diffère cependant lorsqu'il est question du moment où Dominic Vézina, Jean-Christophe Martin et Pierre-François Blondeau ont appris que celle qui les accuse de l'avoir violée avait en fait 15 ans lors de la soirée «rave» où se sont déroulés les événements.
Contre-interrogés par l'avocat de la Couronne, Me Éric Thériault, tant Vézina que Blondeau ont affirmé lundi que c'est le lendemain de la soirée, lorsqu'ils ont reconduit la jeune fille à Charny avec Martin, qu'ils ont appris qu'elle avait 15 ans, un an de moins que l'âge du consentement. 
Alors que l'avocat de Martin, Me Maxim Roy, s'objectait à l'une des questions de Me Thériault, le juge François Huot a demandé que soit réécoutée une partie de l'interrogatoire de Martin. Celui-ci y dit clairement que c'est plutôt deux mois après les événements, soit à la fin novembre, qu'il a appris que la jeune fille avait 15 ans, soit lorsqu'il a su qu'une enquête policière était en cours. 
Tant Vézina que Blondeau ont déclaré qu'ils étaient «en panique» lorsqu'ils ont appris l'âge de la plaignante dans la voiture. Après avoir écouté l'extrait audio, Vézina a cependant refusé de se prononcer sur l'état d'esprit des deux autres hommes après les aveux de la jeune fille concernant son âge. «Je ne sais pas...», a-t-il répondu à Me Thériault qui lui demandait si les deux autres étaient aussi en état de choc.
«Moi, je me disais, c'était tu un mensonge? J'ai capoté... Je me refaisais mes souvenirs de la soirée et je ne comprenais pas comment elle avait pu dire ça dans la loge [qu'elle avait 18 ans]. Si j'avais su qu'elle avait 15 ans, il ne se serait rien passé. Elle s'est carrément inventé une vie! Oui, je lui ai fait confiance à cause de ce qu'elle me disait, j'avais confiance en ce que j'avais devant moi», a résumé Vézina.
Blondeau abondait dans le même sens. «Oui, c'était de la panique. Tout le monde est devenu silencieux. C'est grave d'avoir des rapports sexuels avec une fille de 15 ans», a-t-il déclaré. Il a ajouté que Martin avait paniqué lui aussi. 
«Midaz» à la barre
Plus nerveux que ses coaccusés, Blondeau a été le dernier accusé appelé à la barre. L'homme de 24 ans, qui avait fait la première partie de LMFAO sur les plaines d'Abraham au sein du duo Midaz et Ellie, a affirmé qu'il avait fait partie de ce groupe «de l'âge de 18 ans jusqu'au dépôt des accusations contre lui».
Selon lui, ce serait d'ailleurs à cause de sa carrière musicale que la plaignante l'aurait interpelé lors de la soirée «rave» pour les 15-25 ans dont il était l'animateur. 
«Elle m'a demandé si j'étais Midaz et si ma chanson Live It Up allait jouer ce soir. J'ai dit oui et elle a dit qu'elle la connaissait par coeur et que chaque fois qu'elle jouait au Dagobert, elle se «garrochait» sur le ''dance floor'' avec ses amies», a-t-il raconté, précisant qu'il fallait 18 ans pour entrer au célèbre bar de la Grande Allée.
Blondeau aurait ensuite demandé à la jeune fille «ce qu'elle faisait dans la vie». «Elle m'a répondu qu'elle étudiait en pharmacie. Pour moi, quelqu'un qui étudie en pharmacie doit avoir 18 ou 19 ans en montant...» Il affirme n'avoir eu qu'une seule relation sexuelle avec la plaignante quand celle-ci lui a fait une fellation avant d'entrer à l'hôtel à la fin de la soirée.
Plus tard, il a dit avoir discuté avec Vézina des «incohérences» dans les déclarations que leur avait faites la jeune fille après l'avoir déposée à Charny. Questionné sur ces incohérences, Blondeau n'a été capable de parler que de son âge et du fait qu'elle avait dit à l'un qu'elle étudiait en pharmacie et à l'autre, qu'elle voulait étudier en médecine.
Blondeau a aussi tenu à affirmer que ce n'était pas pour intimider la plaignante qu'il lui avait mentionné que ses deux parents étaient avocats, sa mère à la Direction de la protection de la jeunesse et son père en droit du travail. «Je voulais juste l'aider parce qu'elle disait avoir du trouble avec ses parents à cause d'une histoire de vente de drogue», a-t-il déclaré.
La défense pourrait clore sa preuve mardi dans cette cause en faisant entendre deux autres témoins qu'elle n'a pas identifiés, mais se réserve aussi le droit d'en faire entendre un ou deux autres mercredi ou jeudi.