Grièvement blessé à la tête et au bras, Olivier Bouchard a subi un sévère traumatisme craniocérébral en novembre 2016. Il a passé plus d’un mois à l’hôpital et ensuite trois mois à l’Institut de réadaptation physique de Québec.

Procès du propriétaire de la Boucherie Huot: l’ex-employé inapte à l’emploi depuis l’accident de 2016

Le jeune employé Olivier Bouchard dit avoir tout oublié de sa chute dans un hachoir industriel de la Boucherie Huot. Il ne peut que constater les lourdes séquelles.

Le 10 novembre 2016, Olivier Bouchard, nouvel employé à la Boucherie Huot de Saint-Nicolas, a été grièvement blessé lors d’un accident de travail. L’ancien propriétaire de l’entreprise Bernard Huot, et son fils Carl, ex-employé, subissent leur procès pour négligence criminelle causant des lésions.

Olivier, qui a aujourd’hui 21 ans, est atteint d’un trouble de déficit de l’attention depuis l’enfance. Il a déjà pris de la médication, mais ne se souvient plus à quel moment il a arrêté. Olivier a décroché de l’école après son secondaire 1. 

Il a travaillé dans un restaurant et dans une première boucherie. En réponse aux questions de la défense, le jeune homme dit avoir perdu ces emplois parce qu’il était trop lent et parce qu’il a commis un vol de nourriture.

En 2016, à l’âge de 18 ans, il a été embauché par Bernard Huot comme aide-boucher.

Olivier n’a aucun souvenir d’avoir été formé à son arrivée dans le local des viandes hachées. Ni sur le fonctionnement des appareils ni sur les notions de santé et sécurité au travail.

C’est son collègue Oscar Masso Condo qui lui a expliqué les tâches. Beaucoup plus par signe qu’avec des mots, car M. Condo est hispanophone, explique Olivier Bouchard. «C’était difficile de le comprendre», précise Olivier.

Le jeune employé devait manipuler trois machines; l’emballeuse sous vide, la «galetteuse» et le fameux hachoir industriel à l’intérieur duquel il est tombé. 

Pour vider des bacs de viande dans le hachoir, Olivier devait grimper sur un petit escabeau à trois marches. Il ne se rappelle pas si on lui avait dit d’arrêter le hachoir avant de verser la viande. L’employé se souvient que la machine avait un bouton d’arrêt à l’avant.

Des électriciens ont témoigné que depuis deux ans, un système de sécurité du hachoir avait été désactivé; les pales au fond de la cuve continuaient de tourner même si le couvercle était soulevé.

Du pot le soir

L’avocat de la défense Me Rénald Beaudry a longuement questionné le jeune témoin sur sa consommation de marijuana avant et au moment de l’accident.

Olivier Bouchard a dit avoir commencé à fumer du pot vers 15 ans. En novembre 2016, il fumait seulement le soir et jamais sur les heures de travail, affirme-t-il.

Me Beaudry aurait voulu montrer à Olivier Bouchard des images des caméras de surveillance de la Boucherie Huot captées avant l’accident. La théorie de la défense est que la consommation de stupéfiant ce matin-là peut expliquer un moment de distraction du jeune employé, qui n’a pas arrêté le hachoir avant de le remplir.

Le procureur de la Couronne Me Marc Gosselin s’y oppose, en s’appuyant notamment sur l’avis du médecin d’Olivier, qui craint des conséquences psychologiques importantes si le jeune homme visionne les images.

La juge Annie Trudel de la Cour du Québec, qui entend le procès, devra trancher la question du visionnement des images.

Sévère traumatisme

Grièvement blessé à la tête et au bras, Olivier a subi un sévère traumatisme craniocérébral. Il a passé plus d’un mois à l’hôpital et ensuite trois mois à l’Institut de réadaptation physique de Québec. «J’avais de la misère à parler, raconte-t-il. J’étais sur des cahiers Canada et j’écrivais.»

Aujourd’hui, Olivier a terminé sa réadaptation. Il est toutefois inapte à l’emploi, a de grands problèmes de mémoire et beaucoup de fatigue. Il a développé des problèmes d’épilepsie. Son bras droit lui donne encore du fil à retordre.