Six plaignants accusent le pasteur Claude Guillot, qui présidait l’église de Québec-Est, de plusieurs sévices, dont d’avoir été forcés de passer 41 jours debout dans un coin, alors qu’ils étaient élèves dans son école clandestine.

Procès du pasteur Guillot: un refuge et un long apprentissage

Boire jusqu’à plus soif. Aller à la toilette librement. Jouer avec un dé. Tout ça, les jeunes élèves partis de chez Claude Guillot ont dû l’apprendre. Et bien plus.

Grand barbu au regard doux, Simon Ouellet, 41 ans, est pasteur de l’église baptiste de Charlesbourg depuis 2013. C’est chez lui que trois des six plaignants qui accusent Guillot de divers sévices se sont réfugiés après avoir quitté l’école clandestine du quartier Chauveau.

Simon Ouellet ne connaît pas le pasteur Guillot, qui présidait l’église de Québec-Est. Il ne lui a même jamais parlé. Simon Ouellet a accompagné depuis des mois les plaignants dans les corridors du palais de justice de Québec. C’était son tour hier d’entrer dans la salle d’audience pour témoigner devant le juge Christian Boulet de la Cour du Québec.

À l’été 2013, Simon Ouellet rencontre un premier élève de Guillot, qui lui parle de copies du Nouveau Testament, d’humiliation publique.

Teint blême, visage émacié

Quelques semaines plus tard, deux frères qui vivaient chez le pasteur Guillot demandent à rencontrer Simon Ouellet.

Le pasteur se rappelle leur teint blême, leur visage émacié.

Le plus vieux, Émile*, 21 ans, est d’une nervosité incroyable, se rappelle le pasteur Ouellet. «Je voyais une coquille vide, il était incapable de me dire ce que lui pensait, comme s’il n’avait pas de personnalité, raconte le témoin. Il faisait juste citer ce que Claude Guillot pensait.»

À la deuxième rencontre, les garçons s’ouvrent davantage. Le petit frère Marc-Antoine*, 15 ans, raconte les séries de «squats», les 41 jours passés debout dans un coin, les privations de repas. «C’était un moulin à paroles, se souvient le pasteur Ouellet. J’étais stupéfait de ce que j’entendais.»


« Je voyais une coquille vide, il était incapable de me dire ce que lui pensait, comme s’il n’avait pas de personnalité. Il faisait juste citer ce que Claude Guillot pensait »
Simon Ouellet, pasteur de l’église baptiste de Charlesbourg, chez qui se sont réfugiés trois élèves de Claude Guillot

Après des démarches avec la DPJ, le pasteur Ouellet, déjà père de trois adolescents, accueillera les deux frères puis un troisième élève, Jimmy*.

Au début de la cohabitation, le décalage entre la famille Ouellet et les élèves de l’école clandestine est immense. Les garçons ne font rien par eux-mêmes, même si Simon Ouellet leur donne à l’avance la permission. Ils ne savent pas rouler à vélo, peinent à lancer le ballon. Leur vision de la place de la femme est «aberrante» et ils craignent l’autorité plus que tout, se souvient le pasteur Ouellet.

Un soir, un des fils de Simon Ouellet casse un verre en lavant la vaisselle. Aussitôt, le visage de Marc-Antoine et d’Émile se remplit de terreur. Le pasteur se contente de dire à son fils de ramasser soigneusement les éclats de verre. «Après, Émile est venu m’engueuler en disant que je manquais de rigueur, que j’allais briser l’éducation de mon fils», se rappelle M. Ouellet.

Mal à l’aise avec les câlins

Les ex-élèves de Claude Guillot sont mal à l’aise avec les câlins, deviennent incapables de choisir quelque chose d’aussi simple que le repas qu’ils souhaitent manger. 

Simon Ouellet garde un souvenir marquant des premiers repas avec les garçons. Émile qui pesait environ 100 livres mangeait le double de la portion ingérée par le père de famille. 

Simon Ouellet affirme n’avoir eu qu’un rôle d’accompagnateur dans la plainte policière logée par les garçons contre leur ancien pasteur. «C’était juste ma présence, d’être là car pour eux, la DPJ et la police, c’était comme la Gestapo, illustre le pasteur Ouellet. Ils avaient appris que c’était des outils entre les mains de Satan pour contrecarrer les plans de Dieu.»

Simon Ouellet sera contre-interrogé jeudi par l’avocate de Claude Guillot, Me Susan Corriveau.