Le pasteur Claude Guillot

Procès du pasteur Guillot: les ex-élèves dénoncent les églises baptistes

Les anciens élèves du pasteur baptiste Claude Guillot entament leur second combat : celui visant à obtenir des églises baptistes une compensation financière pour les abus qu’ils disent avoir subis.

La juge Johanne April de la Cour supérieure a entendu lundi au palais de justice de Québec le débat sur l’autorisation de l’action collective que souhaitent entreprendre des anciens élèves du pasteur Claude Guillot.

Résumé très simplement, le recours «vise l’indemnisation d’enfants qui ont été victimes d’abus et du silence de corporations religieuses qui avaient connaissance de ces abus commis par l’un des leurs».

Les ex-élèves poursuivent conjointement Claude Guillot, son église baptiste de Québec-Est, l’Église baptiste évangélique de Victoriaville et l’Association des églises baptistes évangéliques du Québec. 

Les demandeurs réclament pour eux-mêmes et pour chaque membre une somme globale de 2 millions $, dont 500 000 $ en dommages punitifs.

Yves*, 41 ans, et Émile*, 26 ans, ont tous deux témoigné au procès criminel — toujours en cours — de Claude Guillot. Yves dit avoir été corrigés à coups de palette de bois lorsqu’il avait entre 4 et 6 ans et qu’il fréquentait l’école la Bonne Semence à Victoriaville, de 1982 à 1984. Émile a passé 13 ans chez Claude Guillot, entre 2001 et 2014, et a témoigné avoir reçu de multiples coups en plus d’être forcé de rester debout durant des jours. Le jeune homme dénonce aussi des années de harcèlement psychologique, de contrôle excessif et de rationnement en vivres et en eau.

Yves a eu des problèmes de consommation de drogue durant plusieurs années et a un diagnostic de choc post-traumatique. Émile a combattu des idées suicidaires et a toujours un suivi psychologique.

À l’étape de l’autorisation, ils ont survolé pour la juge April leurs années passées à observer les règles de Claude Guillot.

«C’est de l’amour mon gars, de te faire élever avec des coups de bâton», se faisait dire Yves. «Et c’est toi qui est un monstre si tu te rebelles contre ça.»

Yves dit avoir compris que Guillot ne faisait que suivre les enseignements reçus à l’église baptiste de Victoriaville.

Le pasteur de l’époque de cette église faisait lui-même la promotion du châtiment corporel envers les enfants, soutiennent les anciens élèves de Guillot. Dans ses notes, le pasteur Gabriel Cotnoir indiquait que «la douleur enseigne» et qu’un enfant peut être corrigé physiquement dès l’âge de huit mois.

Pour sa part, l’Association des églises baptistes évangélistes du Québec a donné sa bénédiction et son soutien financier à Guillot, dénoncent les anciens élèves, et ce même après son congédiement de Victoriaville pour des gestes abusifs envers les élèves.

Pas de question commune

L’avocate de l’Église baptiste évangélique de Victoriaville a plaidé que le recours ne pouvait être autorisé parce qu’il s’agissait en fait d’un collage d’au moins deux recours, avec deux trames factuelles à deux époques différentes. Les gestes qu’aurait subis Yves dans les années 1980 et ceux décrits par Émile durant 13 ans ne peuvent se comparer, estime l’avocate.

En fait, aucune question commune ne pourrait être soumise au tribunal pour regrouper à la fois les élèves de l’école La Bonne Semence et ceux de l’école clandestine à Québec dans le même recours.

Aux yeux de l’Association des églises baptistes évangéliques du Québec, la question de la faute de Claude Guillot «requiert un traitement individuel et ne constitue donc pas une question collective». La question de la faute de Guillot n’est pas collective, car ses agissements doivent être appréciés au cas par cas, individu par individu, chaque correction physique même devant être appréciée séparément.

* Prénoms fictifs. L’identité des plaignants est protégée par une ordonnance de non-publication dans le procès criminel.

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TOUJOURS LE DÉBAT SUR LA PRESCRIPTION

En 2013, le Code civil du Québec a été modifié afin de faire passer le délai de prescription de trois à 30 ans pour les victimes de crimes sexuels ou de violence durant l’enfance.

Cette modification ne couvre que les crimes postérieurs à 2013 et non ceux du passé. Certains abus physiques reprochés au pasteur Guillot remontent au début des années 1980, alors qu’il était directeur de l’école baptiste de la Bonne-Semence à Victoriaville. 

Le délai de prescription de trois ans est donc dépassé depuis longtemps dans le cas des victimes alléguées de cette époque. Sauf si elles peuvent démontrer qu’elles étaient dans l’impossibilité d’agir jusqu’en mai 2010, soit trois ans avant le changement législatif. 

Le requérant Yves*, par exemple, explique que c’est seulement lors du procès criminel de Guillot, en 2018, qu’il a pleinement pris la mesure des impacts de la correction physique subie durant son enfance.