Le pasteur baptiste Claude Guillot est accusé de voies de fait armées, voies de fait lésions et séquestration sur six anciens élèves.

Procès du pasteur Guillot: des séances d'humiliation sur vidéo

Le pasteur baptiste Claude Guillot prenait soin de sermonner un enfant désobéissant devant les autres élèves. Et faisait filmer ces séances d’humiliation publique.

Lorsque la police de Québec a perquisitionné la maison du pasteur, dans le quartier Chauveau, en décembre 2014, elle a saisi plusieurs photos et vidéos illustrant la vie dans l’école clandestine.

Certaines, plus anodines, montrent les enfants en train de ranger leur dortoir en un temps record ou lorsqu’ils font des centaines de squats et de push-up. D’autres vidéos sont d’un autre registre.

Sur une vidéo datant de 2004, on peut voir un garçon d’environ neuf ans en chemise blanche et pantalon noir, en train de pleurer au sol. «Je veux aller me coucher», hoquette l’enfant en crise.

On entend la voix de Claude Guillot, qui demande au petit frère de cet enfant de venir voir le «spectacle».

«C’était tout le temps comme ça», raconte Gabriel*, le petit frère de l’époque. «Il utilisait la personne qui avait bien agi, moi cette fois-là, pour humilier l’autre, pour se moquer de lui.»

Gabriel témoigne depuis mardi au procès du pasteur accusé de voies de fait armées, voies de fait lésions et séquestration sur six anciens élèves. Le mince jeune homme de 19 ans se serait bien passé de voir ces images en salle de cour.

«Quand je revois ces images-là, je comprends pourquoi mon cerveau a oublié beaucoup de choses», laisse-t-il tomber.

Photo saisie dans la maison du pasteur Claude Guillot.

En plus d’endurer des coups, des privations de repas et des périodes de plusieurs semaines passées debout dans un coin, Gabriel dit avoir énormément souffert de voir ses frères être frappés et humiliés.

«Je n’arrive juste pas à comprendre ce qu’on a pu faire pour mériter ça, dit-il. Oui, l’obéissance et la discipline doivent être enseignées. Mais ça, c’était de l’humiliation, on ne savait même pas pourquoi on avait une punition.»

Peur d’être «tabletté»

Une autre vidéo présentée au juge Christian Boulet de la Cour du Québec montre quatre garçons âgés de 10 à 16 ans assis par terre, en tailleur, dans le salon de Claude Guillot. Gabriel est le plus jeune.

En fond sonore, on entend des bruits de vaisselle.

Claude Guillot se berce et demande à chaque enfant de s’exprimer.

D’une voix robotisée, Gabriel promet de «faire tout ce que vous me demandez». 

Son frère âgé de 15 ans assure qu’il va se concentrer pour ne plus faire d’erreurs. Claude Guillot le met en garde contre la paresse, qui pourrait lui valoir d’être «tabletté». Chez le pasteur, ce terme désigne les enfants qui sont mis à part, qui ne participent plus à l’école.

Un autre garçon, au bord des larmes, répète qu’il ne veut pas être tabletté. «Tes actions me démontrent où tu veux aller, lance Guillot, d’un ton tranchant. Tu paresses, tu ne fais pas ton deuxième effort, exactement comme les “BS”.»

Le pasteur garde ses mots les plus durs pour le grand frère de Gabriel, âgé de 16 ans, mais qui en paraît à peine 12.

«Tu veux être un insignifiant, je vais te préparer à ça, dit tranquillement le pasteur. Je veux que tu constates ta paresse, ta lâcheté, ta méchanceté.»

D’un ton plaintif, le garçon se désole. «J’aimerais ça arrêter d’être ce que je suis, quelqu’un d’inutile qui vit aux crochets de la société», dit-il. Guillot finit par l’envoyer au coin.

Gabriel affirme que son grand frère était le souffre-douleur, accumulant punition par-dessus punition.

L’avocate du pasteur, Me Susan Corriveau, lui soumet que son frère était un enfant turbulent, qui n’acceptait pas l’autorité. «Oui, mon frère avait un caractère et il ne se laissait pas facilement dominer, convient Gabriel. Mais il n’était pas résistant à l’autorité, il était résistant à ce qu’on lui enlève son identité.»

* Nom fictif